châteaux-forts.org : inventaire exclusif des châteaux forts, manoirs, maisons fortes, églises fortifiées, mottes, enceintes urbaines, fortifications, du moyen âge, du Xe au XVe siècle

FR-Savoie – Analyse du Bâti

3 534 views Nicolas Prudhomme 22 janvier 2016 0

Bibliographie

Sources & Références de la base de données :

[1] Dictionnaire des châteaux-forts et des fortifications du moyen âge en France, C.L. Salch, Editions Publitotal Strasbourg, réédition de 1987.
[2] Châteaux de Haute Savoie, Chablais, Faucigny, Genevois, par C. Regat et F. Aubert, 2010
[3] Châteaux de l’ancien diocèse de Geneve, par L. Blondel, 1955.
[4] Etude archéologique sur le château de Lullin, par le Conseil général 74, 2010, http://www.culture74.fr
[5] Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du Mont Blanc, J.L. Grillet, 1807
[6] Entre Genève et Mont Blanc au XIVe siècle, Société d’histoire et d’archéologie de Genève, N. Carrier, M. de la Corbière, 2005.
[7] Histoire politique et religieuse du pays de Gex et lieux circonvoisins, J. Brossard, 1831.
[8] Image aérienne issue de Geoportail – http://www.geoportail (DR).
[9] Carte de Cassini issue de la BNF, libres de droits aux termes des dispositions combinées des articles L 112-2 11° et L 123-1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
[10] Cadastre napoléonien, numérisé par les archives départementales de la Haute Savoie http://www.archivescg74.fr/
[11] Base de données « Mémoire » du Ministère de la Culture.
[12] Base de données « Mérimée » du Ministère de la Culture.
[13] Mappe Sarde, 1728 à 1 738, numérisée par les archives départementales de la Haute Savoie http://www.archivescg74.fr/
[14] Des origines féodales dans les Alpes occidentales, par L. Ménabréa, 1865
[15] Histoire de Genève, description des opérations militaires de 1589, Jacob Spon, 1730
[16] Monuments historiques de France publiés par départements, Haute Savoie, par A. Rouget, 1895
[17] Mémoires et documents, publiés par la société savoisienne d’histoire et d’archéologie, tome XXXII, 1895
[18] Donjons cylindriques et enceintes carrées en Savoie des apanages, N° 41 châteaux forts d’Europe, C.L. Salsch, 2007
[19] Mémoires & documents publiés par l’Académie salésienne, 1879
[20] Les anciens châteaux du Faucigny, par L. Guy, 1929
[21] Revue Savoisienne, 1860
[22] Notices généalogiques sur les familles genevoises, depuis les premiers temps, jusqu’à nos jours, par J.A. Gallife, 1892
[23] Les châteaux et maisons fortes du Pays du Mont-Blanc, D. Dilphy, 2009
[24] Résidences seigneuriales au moyen-âge, comté de Genève, Faucigny, Chablais, par E. Chalmin Sirot, 1998.
[25] Etude d’un prieuré fortifié chablaisien, Meillerie. XIIIe – XIXe siècles,  S. Bochaton, 2012

Glossaire Spécifique

Le glossaire est enrichi au fil des lectures. Il est dressé à partir des expressions effectivement employées dans les textes descriptifs médiévaux.

contenu

Glossaire spécifique


Bachex : (Savoie) abreuvoir

Boidons : (Savoie)porcherie

Bornaulx : (Savoie) tuyaux en bois pour l’adduction d’eau

Chaffalus, chafalius (« chaffal ») : tour en bois

Curtine : (Savoie) cour

Eschiffa (« échife » : échauguette, bretèche, tourelle souvent en bois

Fosses : (Savoie) fossés

Maison basse, maison haute, maison carrée, maison murée : (Savoie) maison forte

Molard : (Savoie) motte naturelle, surélévation

Pèle : (Savoie) poêle

Pollier : (Savoie) trielle

Poype : (Savoie) motte

Tavaillons : (Savoie) tuiles ou essentes de bois

Terraulx : (Savoie) terrassements défensifs

Tines : (Savoie) Tonneaux

Viorbe : (Savoie) tourelle d’escalier à vis


Aire géographique : Haute Savoie (74) – Savoie (FR)

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Aire géographique : Haute Savoie (74) – Savoie (FR)

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Particularité de l’architecture défensive savoyarde

A la mort du roi Rodolphe III de Bourgogne, son royaume est intégré au Saint Empire romain germanique, sous l’autorité théorique de l’empereur. Localement, le pouvoir est en fait entièrement concentré entre les mains des comtes de Genève, des comtes de Savoie et des sires de Faucigny, comtes locaux dont la fonction et le titre deviennent héréditaires.

Le comté de Genève s’étend sur le Genevois, espace compris entre Genève, le Rhône, le lac d’Annecy, et la vallée de l’Arve ; le comté de Savoie recouvre le Chablais ; le Faucigny comprend la vallée de l’Arve et du Giffre, et quelques parties du Chablais. Par le jeu des alliances, des rachats et des héritages, plusieurs enclaves existent également.

Les types de châteaux

Deux types de châteaux co-existent dans cet espace : les châteaux dits de montagne et les châteaux dits de Plaine.

Les châteaux de montagne bénéficient des défenses naturelles qu’offre le relief. De contours irréguliers, ils épousent souvent la forme de la plateforme rocheuse qu’ils occupent. On trouve dans l’enquête delphinale de 1339 la mention de 19 châteaux fondés sur un « molard rocheux », un « mont » ou un « rocher » [6], qui sont presque toujours des éminences naturelles.

Les châteaux de plaine sont généralement établie sur une motte artificielle, appelée poype ou mollard, dont ils reprennent la forme circulaire ou rectangulaire, à laquelle on a généralement ajouté un fossé. Dans quelques cas, ils bénéficient de défenses naturelles, comme une rivière ou un marais. Dans l’enquête delphinale de 1339, les châteaux de plaine semblent assez rares en proportion : la Bâtie Dardel, Montjoie sont mentionnés comme tels [6].

>Voir la liste des sites construits sur motte

 

L’évolution du plan des châteaux

Les châteaux des comtes de Savoie, de Genève ou des sires de Faucigny constituent tous généralement de vastes complexes de défense.

A l’époque romane, et jusqu’à la fin du premier tiers du XIIIe siècle, les châteaux présentent des volumes hétérogènes. Les tours de plans quadrangulaires sont la norme. Certains sont de grandes tours maîtresses logeables quadrangulaires, constituant l’essentiel de la structure castrale. Coexistent également des enceintes délimitant un plain château (planum castri), ou basse-cour, défendu par une première enceinte où communs, zones de service et habitations de vassaux prennent place. Cette enceinte est rendue accessible par la porta populi ou magna porta. Une deuxième enceinte clôt la zone seigneuriale réservée, comptant une aula, avec des logis s’appuyant contre la courtine, défendue par une tour beffroi chevauchante quadrangulaire. L’espace privé ainsi défini occupe toujours le point dominant du château. La classification de ces châteaux n’a pas de sens chronologique, mais plutôt un sens spatial, car liée aux influences de courants culturels, d’origines germaniques pour le Nord, ou Français et Dauphinoise pour l’Ouest.

>Voir la liste des châteaux à tours logis quadrangulaires

>Voir la liste des châteaux à tours beffrois quadrangulaires

A la fin du premier tiers du XIIIe siècle, les premières tours beffrois circulaires apparaissent en Pays de Vaud ; depuis près d’un siècle, elles sont porteuses du symbole du pouvoir souverain impérial dans l’Empire des Staufen, et depuis un demi-siècle du pouvoir royal Capétien. Elles sont dans un premier temps élevées par des seigneurs qui se réclament de l’Empire, et qui marquent le territoire de leur suzerain, afin de prévenir toute ambition expansionniste de leur voisin savoyard, et plus précisément de la Savoie de Pierre II. On les trouve notamment sur les terres des comtes de Genève, des sires de Grandson, des comtes de Montfaucon Montbéliard, ou les seigneurs d’Orbe et d’Yverdon. Ces tours sont assimilables à des marqueurs frontaliers, qui perdurent jusqu’au XIVe siècle. Elles ne mesurent généralement qu’environ 7 mètres de diamètre, pour une dizaine de mètres carrés utile [18]. Exemple :ajout d’une tour beffroi au château Cornillon de Saint Laurent, le château de Langin, le château de la Roche sur Foron.

>Voir la liste des châteaux à tours beffrois circulaires

En 1263, Pierre II est nommé « vicaire impérial perpétuel » par l’anti-roi Richard de Cornouailles. Il se trouve ainsi investit des pouvoirs dans anciens rois de Bourgogne et se trouve contraint, en réaction aux marquages frontaliers qu’il observe, de mettre en place un modèle architectural savoyard. Ce modèle ne peut s’inspirer totalement du modèle impérial, déjà utilisé par ses voisins ; il assimile donc, à la place du modèle de la tour beffroi seule, celui du plan philippien, associant tour maîtresse circulaire et plan d’enceinte quadrangulaire flanqué, souvent asymétrique. Les tours maîtresses savoyardes circulaires sont donc plus tardives d’un tiers de siècle que celles de leurs voisins.

Sous cette influence, les vassaux de Pierre II ajoutent à leurs châteaux des tours beffrois, sur le « type savoyard », bien que souvent de dimensions réduites par rapport au modèle comtal. Dans de rares cas, le château est transformé pour épouser un plan quadrangulaire.

>Voir la liste des châteaux à tours beffrois circulaires et à enceinte quadrangulaire

En 1355, alors que la Savoie absorbe le Faucigny, une grande partie des châteaux perd son intérêt stratégique et défensif, et évolue en demeure résidentielle.

Au XVIe siècle, un violent conflit oppose le duché de Savoie à la ville de Genève, soutenue par les Bernois. Entre les années 1590 et 1591, plusieurs places jugées stratégiques évoluent pour s’adapter à l’usage de l’artillerie, alors que de nombreux autres châteaux, obsolètes, sont ruinés par les armées suisses. Quelques uns seront relevés suite à ces années de désastres, souvent transformés en châteaux de plaisance.

Au XVIIe et XVIIIe siècles, des magistrats prestigieux ou des notaires anoblis acquièrent ces domaines, considérant trop souvent le château comme centre d’une exploitation agricole, les condamnant à devenir la demeure du fermiers ou des carrières de matériaux.


Les maisons nobles et les maisons fortes

Généralités

Les maisons nobles se développent principalement à compter du XIIIe siècle, représentant l’ascension d’une nouvelle petite aristocratie. La maison noble rurale se situe généralement à 2km du centre paroissial du village, et constitue un centre d’exploitation agricole autonome.

La maison noble se caractérise par le présence d’éléments nécessaires et propres au développement économique : terres, bois, vignes, jardins, potagers, vergers, prés, qui constituent le pourpris, c’est à dire les éléments clôturables d’une enceinte.

La différenciation entre la maison noble et la maison noble forte tient à la présence de fortifications, explicitement citée dans l’enquête delphinale de 1339. A minima, il s’agit de fossés, complétés éventuellement par d’autres éléments défensifs, comme des archères, des crénelages, des tours, des ponts-levis, tous soumis à autorisation du suzerain, et fortement limités.

Les maisons fortes n’occupent pas de sites de hauteur à l’opposé des sites castraux, mais plutôt des fonds de vallée, ou des terrains bas et inondables, proches de rivières ou de sources [24].

On identifie aisément les maisons nobles grâce à la toponymie : on trouve souvent des noms de lieux faisant allusion à des éléments architecturaux ou de terrassement comme la tour, le crêt, les terreaux, le tertre, la cour, ou faisant allusion à la présence d’un bois domaniale comme les coudrées ou les fresnes [24].

La terminologie employée par les notaires et secrétaires dans les actes anciens semblent traduire une réalité des fonctions qui est difficilement interprétable actuellement. On trouve ainsi les termes de maison, maison basse, maison haute, domus, maison carrée, domus fortis, molard, maison murée, château, bastie, bastida, maison avec molard. Les termes rendent comptent probablement de la réalité juridictionnelle de la maison noble, cette dernière pouvant détenir les droits de haute, moyenne et basse justice, avec mère et mixte empère, s’étendant sur plusieurs villages, comme n’être qu’une exploitation agricole. Au XIVe siècle, certaines maisons fortes, d’essence comtale, jouent un rôle de gestion du patrimoine et de centres d’exploitation agricoles en complément du château dédié à d’autres fonctions notamment administratives.

Les éléments de fortification des maisons fortes

Les fossés, les terrassements

Les fossés ferment généralement une aire quadrangulaire ; ils sont généralement alimentés par une rivière ou une source. Ils peuvent parfois atteindre 2 mètres de profondeur, bien que beaucoup aient disparu.

Les murs

La hauteur des murs portent une valeur symbolique important, et elle est souvent mentionnée dans les textes. Le degré de fortification est ainsi exprimé par la hauteur des murs, faisant apparaître les termes de maison haute et de maison basse. Les derniers niveaux sont généralement parcourus d’un étage de défense percé de fenêtres carrées, parfois complétés de mâchicoulis, dont l’accent est plus mis sur les possibilités de surveillance des alentours que sur les capacités défensives de la maison forte.

Les flanquements

Les tours ont également une valeur fortement symbolique. Elles sont généralement  destinées à abriter un escalier. Elles peuvent être surmontées d’une guette comme à Magland, percées d’archères canonnières comme à Charansonnay ou Boisy. Dans certains cas, elles portent des échauguettes, renforçant l’aspect symbolique de la fortification, comme au Palais de l’Isle à Annecy, la maison forte de Vons ou celle de Cusy. Dans les constructions des grands seigneurs, les tours peuvent être multiples, sur la façade ou flanquant les quatre angles de la maison forte, commeà Buffavent, Couvette.

Les ouvertures de tir

Les ouvertures de tir sont peu nombreuses, sous forme d’archères assez rarement, et plus souvent sous forme d’archères canonnières à forte valeur symbolique. En effet, le percement d’une ouverture défensive était soumise à l’autorisation du suzerain, qui cherchait à en garder le monopole au maximum.

Les matériaux

La maison forte en pierre possède des linteaux de fenêtres et jambages de portes en pierre de taille, pour les constructions de moindre qualité en molasse, permettant de travailler plus facilement les moulurations.

Certaines maisons, construites comme des tours maîtresses, sont en bel appareil régulier. Les autres maisons sont généralement construites en appareil irrégulier de médiocre qualité, en petits blocs noyés dans le mortier.

A Savigny, les ouvertures sont exceptionnellement encadrées de pierres à bossage à vocation décorative.

Les voûtes ne sont généralement utilisées que pour les pièces basses et la chapelle.

Les arcs sont en plein cintre pour les ouvertures ; pour les portes, elles sont généralement en tiers point, avec des claveaux et des piedroits soigneusement taillés.

Charpenterie et menuiserie

Les espaces intérieurs sont séparés par des planchers, reposant généralement sur des retraits intérieurs  ; pour les salles plus vastes à vocation d’apparat, ils s’appuient sur des corbeaux ou consoles en pierre, sur lesquels reposent les solives. Les plafonds peuvent être décorés ou à caisson, notamment pour les constructions du XVe et XVIe siècles.

Les toitures

Les toitures d’origine, citées dans les textes, sont généralement en tuiles de bois, tuiles de terre cuite, ou lauze. Le chaume concernent les couvertures des dépendances.

Les escaliers

L’escalier est généralement à vis, logé dans la tour de flanquement de la façade, qui peut être carrée ou circulaire. Il est désigné sous le nom de viorbe.

Organisation de l’espace

Pour les maisons les plus riches, l’organisation de l’espace est fortement inspirée de celle des châteaux. L’espace intérieur est généralement cloisonné par plusieurs murs de refend. Le rez-de-chaussée est généralement occupé par des espaces à fonction domestique : cuisine ou  resserre avec cheminée, placards et niches murales, fruitier, pressoir, caves [24]… D’après les textes, il est dans presque tous les cas équipé d’un poêle (pèle). Au premier étage se trouvent la salle ou aula, souvent citée dans les textes, et potentiellement des chambres avec garde-robes.

A l’opposé, l’organisation des maisons fortes les plus simples se limitent à une pièce de vie, et les textes d’archives ne les décrivent que par leurs proportions.

A proximité de la maison forte à proprement parlée se trouvent les communs : colombier, grange, pressoir, gélinier, pâtières (pétrins), bachex (abreuvoirs), pollier (treille), moulin, battoir, grenier, boidons(porcherie), four, curtine (cour), tines (tonneaux)…

Typologie des maisons nobles et des maisons fortes

Certaines maisons fortes sont de plan quadrangulaire, flanquée aux quatre angles par des tours circulaires : Buffavent, Couvette.

Le deuxième type se compose de maison-tour, copiée sur le concept de la tour maîtresse.

Le troisième type est proche de l’exploitation rurale, maison noble incluse dans une enceinte en U formée de bâtiments, centre d’exploitation agricole.

L’usage en éperon des tours carrés pour protéger l’entrée

Dans les petits châteaux du XIIe et XIIIe siècle, la porte se présente en diagonale par rapport à la tour carrée, maîtresse ou non, qui la flanque. Ce dispositif est obtenu grâce à un plan trapézoïdal de l’enceinte. Exemple : Montfort, Montjoie

 


L’évolution de la forme des tours maîtresses

Les tours maîtresses de la période romane

Les tours maîtresses sont décrites dans les textes comme major turris, magna turris, magne turris, turris castri, turris, et par la fonction d’espace réservée lorsqu’elles sont confondues donjonis castri, et plus rarement donjonis (Alinges, Annecy, Saint Michel du Lac à Servoz). La tour maîtresse est dans bien des cas le témoin de la première implantation castrale au XIIe siècle, et constitue le noyau initial de nombreux châteaux comtaux. Elle porte en elle toute la symbolique du pouvoir féodale. Dans les comptes des châtellenies, cette tour n’est que rarement mise en avant pour son caractère défensif ; elle est plutôt présentée par ces fonctions annexes de prison (carceres) ou de ressere (raterius, soturnus).

L’emploi du terme donjon, dans la majorité des cas, désigne bien, comme nous l’avons précédemment évoqué, l’espace réservé et symbolique du seigneur. Ainsi, dans l’inventaire des biens de Louis de Sonnaz de 1570, il est fait mention dans la maison forte de Lathuile de « la chambre de la tour neufve du donjon » [24], alors qu’il ne s’agit que d’une simple maison dépourvue des droits de haute justice.

Les premiers châteaux sont construits de bois, et il n’en subsiste aujourd’hui quasiment rien. A compter de la fin du XIe siècle, et jusqu’au début du XIIIe siècle, le bois est encore largement utilisé, mais les structures maîtresses sont généralement en pierre. Le modèle de la turris reste assez uniforme. Il s’agit généralement de grandes tours quadrangulaires, de trois niveaux, occupant le point le plus élevé du site et reliée à l’enceinte. Le rez-de-chaussée est aveugle, accessible par une trappe depuis le premier étage, et réservé à l’usage de stockage. Le premier étage est ouvert par une porte percée à environ 7 mètres du sol, accessible par une échelle de bois et protégée éventuellement par un pont-levis et/ou un avant corps ; cet étage a généralement la fonction d’aula ; à l’étage supérieur se situe une ou plusieurs chambres, marquant une fonction résidentielle. Dans certains cas, il existe un deuxième étage résidentiel également, mais il est difficile de tirer des statistiques car le nombre de tours non partiellement arasées reste faible. Le dernier niveau est affecté au guet et à la défense.Il est généralement en bois, complété par des eschiffes [24]. Il peut être crénelé, comme le signale, en 1340, les comptes de la châtellenie d’Annecy, décomptant « 12 merlons et des consoles de pierre supportant les hourds ». La tour maîtresse de Clermont comptait 4 eschiffes (« quatuor escheylos magne turris »).

Les différents niveaux sont planchéiés et la circulation intérieure verticale se fait par des échelles. La forme de la tour semble être liée à la réoccupation de sites plus anciens, plutôt que l’érection de nouvelles constructions [24].

L’évolution de la tour maîtresse est bien illustrée par le cas du château d’Annecy. En 1337, la tour maîtresse du château est décrite comme possédant un « suturnus » dans sa partie basse (réserve à vivre), et une aula au premier étage. Au milieu du XIVe siècle, l’aula est transférée dans le logis et la salle de la tour maîtresse devient alors « veteris ». A partir de 1403, la tour est désignée comme tour du Lardier, c’est à dire de la réserve, ou du « trésor ». Son caractère défensif est quasi annihilé dès la fin du XIIIe siècle par la construction d’une nouvelle tour à l’entrée du château, munie de défenses actives plus modernes ; cette dernière tour est par ailleurs désignée comme major turris dès 1325 puis magna turris.

>Voir la liste des tours logis quadrangulaires

Les tours maîtresses des châteaux de Pierre II de Savoie

A compter du milieu du XIIIe siècle, sous l’impulsion de Pierre II de Savoie qui s’inspire des modèles des châteaux philipiens, les formes évoluent, et le plan circulaire se diffuse, associé à des enceintes quadrangulaires.

L’évolution des formes des tours a été bien étudiées par L. Blondel :

De 1250 à 1258, ce qui constitue la première période, les tours maîtresses adoptent dorénavant des plans circulaires. Avec des murs très épais, ils perdent leur habitabilité. Ils comptent généralement quatre niveaux. Le rez-de-chaussée est habituellement couvert d’une voûte, percée d’une trappe qui en constitue l’accès unique. La porte s’ouvre généralement à une dizaine de mètres du sol. La défense sommitale est assurée par des hourds.

De 1258 à 1268, une deuxième période se caractérise par des tours maîtresses circulaires dont le rez-de-chaussée n’est plus couvert par une voûte, mais par un simple plancher. La voûte est construite au dernier étage, pour soutenir la terrasse défensive. La position de l’accès n’évolue pas, toujours desservie par une échelle de bois ou un pont-levis.

Après 1268, l’épaisseur des murs des tours maîtresses diminuent d’étage en étage, permettant d’appuyer les planchers sur les corniches intérieures ainsi naturellement créées. Dans une étape ultérieure, vers 1290, ils gagnent en habitabilité, avec l’apparition de cheminées et de latrines. Le château savoyard évolue donc totalement vers le plan philippien, enceinte quadrangulaire flanquée, organisée autour d’une tour maîtresse mixte.

Au XIIIe siècle, l’aula de la tour maîtresse est transférée dans une salle neuve, construite à proximité de la tour maîtresse. On distingue alors les deux salles par les termes « veteries » et « nova » [24]. L’aula veteris ne nous est connue que par les comptes des châtellenie, leur état de conservation ne permettant pas actuellement dans avoir une idée précise. Seule à Bonneville et à Annecy existent encore des traces de cheminées murales dans les major turris de la fin du XIIIe siècle.

Les tours maîtresses au XIVe siècle

Au XIVe siècle, la base de la tour est parfois percée d’ouverture de tirs ; la major turris d’Annecy est percée de trois chambres de tir en amont des archères. L’organisation générale ne change cependant pas, l’accès à cet espace clos se faisant toujours par une trappe percée dans le plancher du niveau supérieur. Dans les comptes de châtellenie, cet espace est désignée comme suturnus, cettour ou lardier, qui évoque une fonction de réserve à vivres ou de garde-mangers, fonction parfaitement confirmée par la configuration du lieu, frais, étanche avec un sol sain en terre battue. Elle est plus rarement désignée comme raterius ou cachot [24]. A Annecy, au XIVe siècle, le châtelain évoque le suturnus ou le lardier à plusieurs reprises ; plus tard, la tour n’est plus désignée que par le terme de lardier.

Au XIVe siècle, la tour est souvent reliée au corps de logis qui l’accompagne par des passages couverts en bois, sous forme de loggia ou de galeries. On trouve cette organisation à Ternier en 1327 ou à Annecy en 1340. A cette période on ajoute également souvent un deuxième suturnus en matériau plus léger dans l’espace domestique ;  le suturnus de la tour maîtresse demeure néanmoins, à côté de ce doublon, montrant sa fonction primordiale de réserve de grande capacité autonome.

En période de conflit, le suturnus peut servir de cachot à titre occasionnel, les prisonniers accompagnant le seigneur dans ses déplacements. Aucun aménagement spécifique n’est alors prévu en général pour l’accueil du prisonnier. Dans des sites mieux équipés en espace carcéral, comme à Duingt, deux cachots dédiés existent, l’un le grand Tronchet situé dans la base de la tour maîtresse, l’autre la chambre d’Enfer, dans une construction annexe [24]. Si les châteaux comtaux peuvent accueillir des prisonniers, signalons l’existence du Palais de l’Isle à Annecy, dédié à cette fonction.

Les tours maîtresses au XVe siècle

Au XVe siècle, le plan des tours maîtresses redevient quadrangulaire, la forme circulaire étant réservée aux tourelles d’escalier à vis.

Les murs boucliers

Certains rares sites sont équipés de murs boucliers : Allinges Vieux, Bonne.


Les tours du château

Dans la majorité des cas, les tours sont planchéiés. Elles peuvent être assimilées parfois à des tourelles (tornella), comme à Allinges Vieux ou à Bonneville. Certains sites ne possèdent aucune tour : Bonne, Lullin, Montforchet. Certains n’ont qu’une tour comme au Châtelet du Credoz, à Cervens, à Lucinges, à Monthoux, Pressy, Saint Michel du Lac, Sallanches et Samoens.

Les tours maçonnées de plan quadrangulaires sont les plus répandues au XIVe siècle. Elles comptent généralement 3 étages, parfois jusqu’à 5 étages, presque toujours planchéiés. Les dimensions des murs sont indépendantes de la hauteur de l’ouvrage [6]. La tour  de la Bâtie Dardel est renforcée par un contrefort (eugiva), procédé que l’on retrouve dans les maisons fortes du XVe-XVIe siècle.

La tour de Pressy est recoupée en son milieu dans un mur de refend, ce qui est assez rare, sur le modèle des grandes tours maîtresses résidentielles, bien que cette dernière soit de petites dimensions.

Les tours circulaires comptent généralement 3 étages. Elles sont rarement assises sur un étage voûté, comme à  Bonneville et Faucigny.

Le talutage

Les courtines sont rarement talutées ; seule la base de tours, circulaires est parfois talutée, comme dans le cas de Usinens. Les courtines sont talutées à Bonne et Boringes.

Les travaux de fortification

Les travaux évoqués dans les comptes des châtellenies concernent presque toujours l’enceinte, les portes et les éléments mobiles qui couronnent les logis [24], comme les hours et les eschiffes.

>Voir la liste des programmes présentant un talutage


Les tours de guet de montagne

Les tours de montagne restent des exemples rares, et très peu documentés. Citons la tour sarrasine de la Balme de Thuy, mise en évidence par S. Chalabi et J. Serralongue, et semble-t-il, la tour du Cengle, à Allèves, plus développée que la précédente.


Les espaces résidentiels

Le développement de logis privés à destination résidentielle, bien distinct de la tour maîtresse, apparaît dès le XIIIe siècle. Le logis se limite, dans bien des cas, à une d’habitation. Le logis, de plan rectangulaire, est adossé au mur de courtine et parfois tangente la tour maîtresse. Le logis est aménagé intérieurement par des murs de refends permettant un découpage des pièces. Le rez-de-chaussée est destinée aux fonctions domestiques, comme la cuisine, l’étage comprend l’espace noble, avec l’aula, la camera et la capella souvent réduite à un oratoire. Cette organisation est conforme en tout point à celle appliquée antérieurement aux tours maîtresses. Dans les grands châteaux comtaux, plusieurs tours flanquantes abritant des appartements sont également présentes, comme à Annecy.

Dans les comptes, cette aile résidentielle est décrite par son espace central, l’aula, précédée généralement d’un perron, qui donne une dimension solennelle et symbolique à cette salle. L’aula est généralement décrite comme spacieuse, bien éclairée par des fenêtres fermées de volets intérieurs et pourvues de verrières, et bien chauffée et décorée [24]. A partir du XVe siècle,les ouvertures sont souvent de grandes fenêtres à meneaux, avec des bancs.

Autour de l’aula se trouvent les pièces résidentielles décrites comme camera, réservées au comte, à la comtesse ou à d’autres personnages, comme à Duingt, où une pièce est réservée aux franciscains et une autre au clerc Maillard [24]. Des garde-robes sont présentes dans des tourelles, les tornellae, souvent en bois, et des latrines sont aménagées généralement en encorbellement pour compléter la fonction résidentielle.

De nombreux éléments de bois, coursives, couloirs, galeries, permettent la circulation d’un bâtiment à un autre. Elles ont, dans certains cas, une double fonction, qui évolue en temps de guerre, comme les muetes, destinées à loger les faucons qui peuvent devenir des postes de tir ou des galeries de bois, devenant des chemins couverts [24].

Les dépendances et cuisines

La cuisine, ou coquina, rappelle le niveau social des occupants du château. La cuisine est reléguée dans un premier temps dans une structure bâtie en bois indépendante [24], avant d’être déplacée sous l’aula, dans une salle voûtée en rez-de-chaussée, accompagnée de la construction de conduits de cheminées et d’adduction d’eau. Dans certains cas, les deux types de cuisine peuvent coexister sur un même site [24]. La cuisine sert de points de convergence à plusieurs autres espaces à vocation domestique et resseres (soturnus, raterius), dont les fours, bouteilleries, lardiers, paneteries, fruitiers, pressoirs, pétrins, battoir, moulin, grenier…

La chapelle

Les chapelles peuvent être multiples, partagées entre des fonctions purement privées, ou plus généralement publiques, en fonction de leurs dimensions et de leur emplacement. Elles ne nous sont pas toutes parvenues, souvent construites en matériaux légers ou détruites au cours des siècles. Les oratoires situés dans les ailes résidentielles des étages nobles sont fréquents dans les châteaux comtaux, communiquant avec les appartements, à l’image des Saintes Chapelles [24].

Les recepts

A l’extérieur de l’enceinte castrale proprement dite sont construits parfois des cours extérieures défensives, appelées recepts. Ces zones refuge sont destinées à accueillir les populations en cas de guerre, mais servent aussi de lieux de stockage de denrées et de matériel [6]. On y trouve pèle mèle des granges, des étables, des logis, des machines de guerre… De dimensions comparables à l’enceinte du château, ces recepts sont presque toujours maçonnés.


 

Les accessoires défensifs

Les courtines peuvent être contrôlées à leur sommet par des bretèches en bois (beiateria), des échiffes (eschiffa).

Les ouvertures de tir

La forme des archères restent très frustres et se limite à des archères simples, à ébrasement triangulaire ; dans quelques rares cas, les archères sont en rame.

Hourds et mâchicoulis

Les hourds sont présent dans les châteaux construits pendant la période romane.

>Liste des programmes présentant des traces de hourds

L’usage des mâchicoulis se développe à compter du XIVe siècle. Ils sont principalement en arcs sur consoles.

>Voir la liste des programmes comportant des mâchicoulis en arcs sur consoles

Le recours à des bretèches est courant au cours du XIVe et XVe siècle, pour défendre la porte ou sous forme d’échauguettes, pour flanquer des angles avec un avantage économique.

>Voir la liste des programmes présentant une bretèche de chemin de ronde

> Voir la liste des programmes présentant une échauguette


Les matériaux utilisés dans le château

La pierre

Les pierre, extraite des carrières locales, est utilisée pour construire les fondations et les structures des bâtiments, qui sont complétés par des matériaux plus légers. Gros oeuvre et chaînages d’angle sont généralement en gros blocs calcaires. La tuf et la molasse sont utilisées pour les parties moulurées comme les arcs, jambages, piedroits, voûtes et cheminées. Le mortier est réalisé sur place à partir de fours, construits probablement dans le plain château, comme on en trouve le témoignage à Gruffy.

Le bois

Le bois est très utilisé dans le château haut savoyard, comme matériau d’oeuvre : il est utilisé pour les palissades de défenses, les structures mobiles défensives comme les eschiffes ou chaffaux, les toitures en tavaillons, les planchers, les charpentes, les coursives et galeries, et certains bâtiments. Le bois est souvent extrait des forêts comtales proches des châteaux, dont l’exploitation est citée dans les comptes des châtellenies.

Le fer

Le fer est principalement utilisé pour les portes : son emploi dans les serrures, clés, barreaux, ferrures sont régulièrement cités dans les comptes de châtellenie.

Les matériaux des toitures

Les toitures sont en tavaillons (essentes de bois), dalles de pierres, lauzes, et tuiles.


Les mottes castrales

Le nombre de véritables mottes restent très faibles. Elles sont désignées sous le nom de Popye, comme à Ballaison, Ternier et Greysier. Le relief naturel est en effet peu favorable à l’érection de mottes féodales, mais cette explication reste insuffisante, car niant le rôle symbolique de la motte que nous avons évoqué précédemment, schéma que l’on retrouve dans le comté de Savoie, mais qui est quasi absent dans le comté de Genève. Les mottes du comté de Savoie datent du Xe et XIe siècles, périodes où se mettent en place les seigneuries châtelaines.

On trouve dans l’enquête delphinale de 1339 la mention de 19 châteaux fondés sur un « molard rocheux », un « mont » ou un « rocher » [6], qui sont presque toujours des éminences naturelles.


Les bourgs castraux

Formation des bourgs castraux

Les bourgs se développent principalement autour de châteaux dont les propriétaires sont détenteurs du droit de ban, à savoir les comtes de Genève, de Savoie et les seigneurs de Fauycigny.

Dans l’enclos seigneurial, une basse cour, appelée planum castri, marque la présence d’un espace public, montrant la volonté des comtes de réunir des conditions propices à l’installation de population à proximité de leurs résidences [24]. Le planum castri va recevoir la partie supérieure du bourg, une chapelle, four, granges, écuries, aaire de stockage, qui va alors peu à peu s’étendre en contrebas et recevoir une nouvelle enceinte, percée de plusieurs portes. Les agglomérations étaient en effet nécessaires pour financer l’entretien et les aménagements du château, en chantier permanent, comme en témoignent les comptes de châtellenie. Les marchés, lieux d’échanges et sources taxes, sont donc systématiquement associés au château et peuvent dans certains cas être antérieur à la présence castrale : à Féternes, en 1308, Amédée, comte de Savoie, demande à l’évêque de Genève le droit de maintenir le marché public dominical déjà existant dans l’enceinte du château.

L’octroi de chartes de franchises est susceptible de faciliter le développement économique et la croissance des agglomérations. Il permet de le différencier des campagnes environnantes. Selon les historiens, les comtes de Savoie et seigneurs de Faucigny ont délivré de façon précoce de telles franchises, avant les comtes de Genèves.

Typologies des bourgs castraux

Les bourgs castraux sont établis principalement sur des promontoires et éperons rocheux (Annecy, Faucigny, Cruseilles, Chaumont, Hauteville, Bonne, Monthoux, Duingt), qui laisse à penser à l’installation d’un bourg autour du processus d’incastellamento. Le château occupe alors la position dominante. La forme du bourg répond alors aux impératifs topographiques.  Le développement peut être radioconcentrique comme à Annecy, ou sur une crête allongée comme à Bonne sur Ménoge, ou à flanc de coteau comme à Monthoux ; parfois il s’éloigne de l’implantation castrale pour des motifs économiques, en contrebas du château, comme à Chaumont.

La construction des enceintes urbaines sont bien documentées dans les comptes de châtellenies. A Yvoire, entre 1307 et 1308, l’enceinte est d’abord fossoyée et construite en palissade de bois. Des tours portes maçonnées sont construites, puis l’enceinte également reconstruites en maçonnerie. Les flanquements observé sont principalement carrés, même si la forme circulaire peut co-exister. LEs tours circulaires ne comptent généralement que deux niveaux planchéiés, car souvent destinées au guet. Ces tours sont complétées par des tours ouvertes à la gorge, des tourelles (tornella), des échauguettes en bois (baetes, echiffes), des tours en bois (chaffaux). La courtine urbane est par ailleurs parfois doublée d’une braie, et des recepts, comme à Cluses.

Les enceintes sont percées rarement ou d’une porte, plus souvent de trois à quatre portes, sous forme de tours portes carrées.

L’entretien est financée en partie par le comte, et en partie par les habitants de l’agglomération concernée.

A Duingt, le bourg est fermée d’une enceinte à chemin de ronde, défendu par des eschiffes de bois. A la Roche sur Foron, l’enceinte se résume à des palissades munies d’eschiffes de bois.

Typologies des bâties ou villeneuves de la fin du XIIIe et du début du XIVe siècles

Dans certains cas, la fondation du bourg castral est le produit d’une démarche organisée et structurée. Ces agglomérations apparaissent bien après la mise en place des seigneuries châtelaines et des bourgs castraux, conséquences du conflit qui oppose le dauphin Hugues, seigneur de Faucigny, allié au comte de Genève et Amédée V de savoie, en tre 1285 et 1323. A cette occasion, le comte de Savoie fait édifier le château de Thonon, et dote le bourg de Rives de franchises en 1301, développe le bourg d’Evian et celui d’Yvoire, qu’il fortifie. Ses travaux se poursuivent en Suisse, à Yverdon, Rolls, Morges, la Tour de Peilz. En réponse à cette mise en défense du territoire, le dauphin et comte de Genève se doivent obligation réciproque en cas d’attaque du comte de Savoie, et reprennent ce même schéma défensif : en 1304, le comte commande l’édification de l’ensemble fortifié de Gaillard, la place forte de Lullin, détruite l’année suivante par les savoyards, et refortifiée immédiatement. La bâtie ainsi construite est accompagnée du développement d’un bourg formé d’îlots réguliers séparés par des rues perpendiculaires. Citons enfin le cas de la Bâthie Dardel, où le château, plus maison forte que château , est contemporain de l’agglomération villageoise. L’ensemble est très organisé, à plan régulier autour de rues perpendiculaires. Ce type de bâtie est fréquent en Savoie et en Dauphiné, dans les mêmes aires géographiques, mais aussi en Suisse, comme à la Bathie Cholay ou à la Bâtie Beauregard ; le château occupe une plateforme quadrangulaire fossoyée, fortifiée partiellement en bois sur des fondations de pierre servant de bases à des mouvements de troupes ou d’avant postes, la fonction résidentielle seigneuriale étant secondaire. Le bourg y est systématiquement associé, créant une base économique sécurisée suffisantes.

Aire géographique : Haute Savoie (74) – Savoie (FR)

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La Savoie historique couvrait un territoire assez étendu, comprenant les deux départements de la Savoie, une partie de l’Ain, de l’Isère, des Alpes de Hautes Provence, les régions d’Aoste, de Turin, de Coni et de Verseuil, une partie des cantons de Genève, Vaud, Valais, Fribourg, et à partir de 1390, les territoires de Nice.


La Savoie, du XI et XIIe siècle

La Savoie naît sur les cendres de la Burgondie, royaume qui disparaît au VIe siècle, après la conquête Franque, de 536 à 563. Ce royaume s’étendait de la Provence, par la vallée du Rhône, jusqu’au Jura, recouvrant également le Sud de la Suisse et le Nord Ouest de l’Italie.

En 878, le royaume de Bourgogne renaît, avec l’élection de Boson par les évêques. Sans continuité historique avec la Burgondie, le nouvel état connaît de nombreuses péripéties, avant que Rodolphe II, roi de Haute Bourgogne, ne la réorganise en 932. Elle sera dorénavant connue sous le nom de Bourgogne Transjurane, Royaume de Bourgogne Provence ou Royaume d’Arles. En 942, le roi Conrad, fils de Rodolphe II, reconnaît l’empereur Otton comme son suzerain, espérant l’aide de ce dernier, face aux attaques d’Hugues d’Arles et de son fils Lothaire, qui commandent l’Italie.

A l’an Mil, Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne, ne règne plus que sur la partie septentrionale du royaume. En échange de l’aide de l’empereur qui lui permet de se maintenir, il doit néanmoins céder à ce dernier le Nord de la Suisse. A la mort de Rodolphe, en 1032, le royaume se limite alors à la Suisse romande, le reste étant partagé entre de multiples petites principautés, et en comtés indépendants de Bourgogne, Maurienne et Dauphiné. En 1033, l’empereur Conrad II se fait proclamer roi de Bourgogne à Payerne, et envoie l’armée allemande de par la vallée du Rhône et l’Italie pour y faire valoir ses droits.

La dynastie des Humbertiens

La dynastie des Humbertiens possède initialement des domaines et seigneuries dispersés dans la partie centrale du royaume de Bourgogne, occupant des fonctions comtales non héréditaires au service du royaume de Bourgogne, en pays de Savoie. Avec habileté, ils conservent de bons rapports avec les rois d’Angleterre sans froisser les rois de France, et se constituent un patrimoine conséquent en Maurienne, aggloméré autour de l’avouerie de l’abbaye de Saint Maurice d’Agaune. Parallèlement, ils obtiennent le marquisat de Turin. Leur ambitieuse expansion est néanmoins rapidement arrêtée à l’Ouest par le seigneur de Bresse, au Sud par les seigneurs d’Albon et du Viennois, et à l’Est par l’évêque de Sion.

L’artisan de cette dynastie, Humbert aux Blanches Mains possède des biens dans la région de Chambéry, de Conflans, d’Aiguebelle, dans le Belley, de Voiron, du comté d’Aoste, de l’Ouest du Valais, et du Vieux Chablais. Il exerce comme officier et conseiller du roi Rodolphe III, et œuvre au rapprochement avec Conrad II. Ce dernier lui témoignera sa reconnaissance en 1034, en lui confiant la tête de l’armée qui l’escorte jusqu’au lieu de son couronnement, à la cathédrale Saint Pierre de Genève. En 1043, l’empereur lui concède la Maurienne, avec le col de Montcenis. Vers 1045, Amédée Ier, son fils, est cité en tant que comte en Pays de Savoie, dans une charte de Cluny.

Turin, Suze et Asti

Odon, autre fils d’Humbert Ier, seigneur de Maurienne, épouse Adélaïde, fille d’Ulrich Manfred, marquis de Turin, qui lui apporte notamment en dot les seigneuries de Suze et d’Asti. En 1051, il succède à son frère Amédée Ier, à la tête d’un comté renforcé. A son décès, en 1060, sa veuve, femme de caractère,  assure la régence au nom de ses fils Pierre Ier et Amédée II, et marie sa fille à Berthe à l’empereur Henri IV.

De puissantes régentes

Vers 1076, le comté, en raison de ses alliances, se trouve entraîné dans la guerre qui oppose le pape Grégoire VII et l’empereur. Adélaïde reçoit alors de l’empereur, en échange de son appui, la suzeraineté sur le Chablais, le Vieux Chablais, et une partie de la Bresse. A sa mort, son petit fils Humbert II lui succède, sous le titre de comte de Maurienne. Ses possessions comprennent également Suze, Turin, la vallée de la Doire, le col du Mont  Cenis, et Asti. Vers 1100, il occupe la Tarentaise et étend son territoire dans la vallée de la Guisane, jusqu’au-devant des terres delphinales de Briançon.

En 1033, Gisèle de Bourgogne assure la régence pour  le compte de son fils Amédée III. Ce dernier rend hommage à l’empereur, dont il est parent, en 1114 à Strasbourg. Mais après 1120, l’empereur Lothaire II, ennemi des Staufen, tente de bloquer les ambitions des comtes en leur opposant son légat Conrad de Zähringen qui occupe le Pays de Vaud, et une vaste seigneurie vers Fribourg. Amédée III décide alors de développer ses alliances vers l’Ouest, notamment en mariant sa sœur Adélaïde au roi de France Louis VI, et son autre sœur Agnès à Archimbaud VII de Bourbon. Vers 1138, les Staufen reprennent le pouvoir, et Amédée III redevient Vicaire de l’Empire. Il développe sa principauté, et fait construire de nouveaux châteaux, dont Aveilane, Pierre Châtel, et Montmélian, qui permettent un meilleur contrôle des axes routiers. Par un jeu d’alliance, il tente de pacifier les frontières du comtés. En 1142, il affronte victorieusement le Dauphin à Montmélian. Son comté s’enrichit  de Rossillon en Bugey, et de Chillon dans le Vieux Chablais. En 1147, il part en croisade avec le roi Louis VII, son neveu, et meurt en 1148 à Nicosie.

La déliquescence du comté de Savoie

Humbert III, son fils, prend alors sa succession, sans grand succès. Enchaînant les querelles avec ses vassaux, il se brouille également avec l’empereur Frédéric Barberousse en 1157, qui donne le rectorat impérial sur les évêchés de Genève, Lausanne et Sion aux Zähringen, en représailles ;  en 1159, l’empereur érige Turin en seigneurie épiscopale ; enfin, en 1186 et 1187, il met la Savoie au ban de l’Empire et la prive de tout droit de suzeraineté  sur Asti, Turin, Aveilane, et l’évêché de Tarentaise. En 1173, Humbert III finit même par se brouiller avec le roi de France, en essayant de marier sans succès sa fille à Henri II d’Angleterre.


La Savoie du XIIe au XIVe siècle

La lente reconstitution d’un état fort

En 1189, Thomas Ier succède à Humbert III à la tête d’un territoire morcelé qui compte alors la Savoie propre autour de Montmélian, la Tarentaise, la Maurienne, la Novalaise, le Bugey, le Valmorey, le Vieux Chablais autour de Chillon, le Val d’Entremont, l’Ozon et le Viennois, le Val d’Aoste, le Val de Suze et une partie du Piémont. Encerclé par de puissants ennemis, il se rapproche alors de son suzerain et allié impérial, donne une charte de franchise à la ville d’Aoste qui l’aide à reconquérir la route du Saint Bernard, et impose habilement son autorité à ses vassaux. En 1196, il reprend le contrôle du Bugey en construisant le château de Cornillon, dans l’Ain. En 1198, il accorde une charte à la cité de Suze, qui lui assure sa coopération dans le contrôle de la vallée de la Doire.  Vers 1200, il apporte son aide à l’évêque de Turin, en guerre avec les seigneuries voisines. En 1207, Thomas Ier reçoit du roi Philippe de Souabe, régent de l’Empire, l’investiture de tous ses biens savoyards, la suzeraineté de Chieri et Testona en Piémont, et le droit de prendre le château de Moudon sur les Zähringen.  En 1208, à la mort de Philippe de Souabe, le comte profite d’un état de guerre civile dans le Pays de Vaud pour prendre et détruire le château d’Ouchy, en face d’Evian, investir la vallée de la Broye, et occuper le château de Moudon. En Piémont, il récupère la suzeraineté du marquisat de Saluces et gagne Pignerol. En 1224, le château de Feternes est intégré dans la seigneurie directe de Savoie. En 1226, Thomas Ier est nommé Vicaire impérial pour l’Italie du Nord, en raison de troubles ; le comte parvient à prendre Albenga et Savone à Gênes, et leur donne des chartes de franchise. Mais en 1227, Turi, Asti, Testona et Pignerol rejoignent la Ligue Lombarde, et s’allient au Dauphin. En 1232, Thomas Ier achète Chambéry pour 32 000 sous, sans pouvoir cependant obtenir le château. Il meurt en 1233, laissant derrière lui un territoire quadrillé de mandements et de châtellenies, groupées autour d’une administration centralisée forte.

Les terres sont alors partagées entre les héritiers du comte. Amédée IV, le fils aîné, gouverne en tant que comte de Savoie jusqu’en 1253. Il épouse Cécile de Baux, qui lui apporte des appuis dans le Midi, mais se heurte aux volontés expansionnistes des Habsbourg en Suisse. Son frère Pierre, qui avait récupéré les châteaux et seigneuries de Lampnes et de Cornillon, avec Saint Rambert de Bugey, ne se contente pas de ses biens ;  il s’allie à son autre frère Aymon, seigneur de Chillon, et lève une armée. Battu, il obtient néanmoins d’hériter de Chillon de la part d’Aymon. Thomas II, un autre frère, prend, lui, le parti du comte ; le roi Louis IX, par amitié, lui arrange le mariage avec Jeanne, héritière du comte de Flandre et de Hainaut en 1237.

Le comte Amédée IV tente se se rapprocher à nouveau de l’Angleterre, tout en conservant ses bons rapports avec l’empereur, et avec le roi de France, Louis IX, qui épouse Marguerite de Provence, petite fille d’Amédée. En 1247, il obtient la possession directe du château et de la cité de Rivoli, achète le château et la seigneurie de Cumiana, mais finalement cède en fief à son frère Thomas II de Flandres les terres qu’il possède en Italie. Ce dernier obtient de l’empereur la restitution de Turin, de Cavoretto, Moncalieri, Castelvecchio, Montosolo, le château de Lanzo, Ivrée et le Canavais, reconstituant pour une bonne partie les Marches de Turin que possédaient ses ancêtres au XIe siècle.

En 1253, Boniface Ier succède à Amédée IV, et s’engage dans les guerres turinoises. En 1259, Thomas II meurt à Aoste, après avoir renoncé à ses droits sur Turin où il était retenu prisonnier ; en 1263, le comte Boniface, victime des Piémontais, décède à son tour, sans descendants.

L’ascension de Pierre II de Savoie

Pendant ce temps, en 1234, Pierre, le frère révolté d’Amédée IV, épouse l‘héritière du Faucigny, et en 1235, lorsque sa nièce Eléonore épouse le roi d’Angleterre Henri III, il l’accompagne Outre Manche. Il devient conseiller du roi d’Angleterre, comte de Richmond et gouverneur de Douvres. Alternant avec des aller-retours avec sa patrie d’origine, il s’introduit en Michaille en 1234. En 1240, il débute une expansion vers Gex.

En 1244, il mène brillamment des opérations militaires en Ecosse, puis retourne au Pays de Vaud ; il ravage le Bourg de Lausanne, à la tête de 6000 hommes, et le cède contre des biens à la Cité de Lausanne, les deux villes sœurs s’opposant depuis plusieurs années. L’évêque de Lausanne se place également sous sa protection, en lui cédant la moitié des droits temporels sur la Cité et sur le Bourg. Les grandes quantités d’or qu’il amasse lui serve à rallier les seigneuries des châteaux comme Rossens, Estavayer, Châtel Saint Denis, Bioley Magnoux, Correvon, Oppens, Champvent, Oron et du comte de Gruyère. En 1246, il achète Vully à l’évêque de Sion, et Torny le Petit au seigneur de Villars. En 1250, il achète Rue, la Tour de Peilz, et les châteaux de Corbières et Pont en Ogo, l’avouerie d’Essertines, de Vuarrens, Vuarengel, et la suzeraineté sur les châteaux de Belmont, Arconciel, Illens, et de nombreux plus petits châteaux, suivant le mouvement général. Les villes de Berne et de Murat, menacées par les Habsbourg, viennent également se mettre sous la protection de Pierre. En 1245, il mène des opérations au Pays de Galles, puis en Gascogne, pour le compte du roi d’Angleterre. En 1250, il acquiert la Tour de Château d’Oex, le Pas de la Tine, les châteaux de Vanel, Palézieux et Montmagny, et les droits sur Vevey. En 1255, il occupe provisoirement les châteaux de l’Ile à Genève et des Clées, soutenu par les bourgeois genevois qui souhaitaient échapper aux prétentions comtales et à la l’autorité épiscopale. En 1257, il obtient de Richard de Cornouailles, frère du roi Henri III, anti-roi de l’Empire Germanique, l’investiture du fief impérial de Gumennen, entre Berne et Morat ; il oblige ensuite les Montfaucon à lui céder la ville et le château d’Yverdon. En 1260, il tente de prendre des droits dans le Valais, mais l’évêque de Sion lui oppose une forte résistance, vainement. Le comte emporte les châteaux de Martigny, de Crest et de Chamoson, le passage de Gemmi, la vallée de Frütingen en échange de quelques biens dans le Valais. En 1263, à la mort de Boniface Ier, il hérite du comté et prend le titre de comte sous le nom de Pierre II. Il renforce l’organisation centralisée qu’il avait mise en place dans le Pays de Vaud, plaçant les châtelains sous le contrôle de baillis et confiant le contrôle financier à des clercs commis spécifiquement à cette tâche. Il met également en place une armée professionnelle de mercenaires, issue en grande partie d’Angleterre. En 1263, il obtient aussi de Richard de Cornouailles le Vicariat impérial perpétuel. Devenu l’égal des anciens rois de Bourgogne, il promulgue entre 1264 et 1266 les Statuts, fondement de la constitution de l’Etat Savoyard. La guerre civile qui éclate en Angleterre en 1262 l’oblige à lever une armée en Flandres et à venir au secours de son protecteur, le roi Henri III. En Savoie, plusieurs seigneurs dont le comte de Genevois et le comte de Gruyères, encouragés par l’évêque de Sion, se soulèvent. Ils sont rejoints par l’armée des Habsbourg, qui prennent les terres jusqu’au château de Chillon devant lequel ils mettent le siège. Pierre II revient en catastrophe, franchit les lignes ennemis, rentre au château de Chillon et en ressort de nuit à la tête de son armée et de troupes bernoises, defaisant son ennemi. Le comte mène alors en représailles une guerre sans merci à l’évêque de Sion, jusqu’en 1266, détruisant une partie de ses châteaux. En 1267, Rodolphe de Habsbourg consent à un traité de paix. L’année suivante, Pierre décède au retour d’un voyage en Italie. Il lègue le Pays de Vaud et de Suisse à son héritière directe, Béatrice, épouse du dauphin, ses biens du comté de Sussex, le château d’Aigle et le fief de Villafranca dans le Piémont à son neveu Thomas II, et le comté de Savoie à son frère Philippe Ier, comte palatin de Bourgogne. Ce découpage ouvrira la voie à un siècle de lutte entre la Savoie et le Dauphiné.

La fin du XIIIe siècle, période de guerre

En 1268, Philippe Ier, devenu comte, continue les réformes de son frère, avant d’être absorbé par la guerre avec le Dauphiné. Il réussit néanmoins à maintenir ses droits dans les châteaux du Pays de Vaux, et sur Lausanne ; il conserve également son alliance avec Morat et Berne. En 1271, les comtes de Gruyère, ruinés, lui font hommage, et lui remettent en gage l’année suivante leur quatre chateaux de Gruyères, Château d’Oex, La Tour de Trême et le Vanel. En 1275, il vient victorieusement au secours de son vassal, le comte de Neuchâtel, assiégé par Rodolphe de Habsbourg. La guerre se continue, et Bourguignons et Français s’y mêlent. Le conflit perdure jusqu’en 1283, date à laquelle l’empereur Habsbourg finit par reconnaître que les territoires de la Savoie s’étirent de Payerne à Morat.

Prince d’Empire

Amédée V, le Grand, fils de Thomas, est comte à partir de 1285, succédant à son oncle Philippe. Il s’applique à construire de nombreuses places fortes, villes neuves et à conduire des opérations militaires. Soumettant définitivement tous ses vassaux, il place le centre administratif de la Savoie à Chambéry, en achetant les droits sur le château en 1295. En 1310, l’empereur Henri VII lui concède le titre de « Prince d’Empire », confirme ses droits sur Lausanne, et lui donne l’autorisation d’acquérir le Canavais, entre le Val d’Aoste et Turin. Amédée V s’impose au comte et à l’évêque de Genève ; il s’installe dans le château de l’Ile, soutient la commune qui s’élève contre les deux princes, et entre 1291 et 1295, il occupe Leaz, la Cluse de Gex la Corbière et le Versoy. Il obtient la Bresse par mariage. En 1321, il prend Saint Germain de Bugey sur le Dauphin. Il est néanmoins obligé de créer des apanages au profit de ses frères, affaiblissant son pouvoir direct.

Edouard est comte de 1323 à 1329 ; grand militaire, il sera néanmoins piètre administrateur et laisse derrière lui un comté affaibli dans le Genevois. En 1324, il bat le Dauphin aux Allinges, et en 1326, prend la seigneurie de Ballon.

Aymon, son frère,  sera comte de 1329 à 1347. Il agrandit ses possession en Italie par mariage avec Yolande de Montferrat, et obtient que le comte Amédée III de Genève lui prête hommage à Chambéry. Néanmoins, la guerre avec le Dauphin ne faiblit pas, et il faut attendre 1334 par le traité de Chapareillan, pour que le dauphin Humbert II reconnaisse les droits savoyards.

La fin de la guerre avec le Dauphiné

Amédée VI, dit le comte Vert, lui succède de 1343 à 1384. En 1353, il obtient la soumission du comte de Genève, auquel il prend définitivement le pays de Gex. Le Dauphiné est acquis par la couronne de France, qui échange en 1355 le Faucigny Dauphinois contre le Viennois Savoyard, par le Traité de Paris. En 1359, Amédée VI récupère l’apanage du Pays de Vaud et défait en 1360 la révolte des Savoie Achaïe en Piémont.

Amédée VIII, son petit fils, obtient enfin la cession du comté de Genève.


 

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