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FR-Languedoc – Analyse du Bâti

1 923 views Nicolas Prudhomme 23 janvier 2016 0

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Aire géographique : Ariège (09), Aude (11), Hérault (34), Pyrénées Orientales (66) – Languedoc (FR)

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Aire géographique : Ariège (09), Aude (11), Hérault (34), Pyrénées Orientales (66) – Languedoc (FR)

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CON

L’organisation de la défense dans la sénéchaussée de Carcassonne

La sénéchaussée de Carcassonne est créée en 1226, lors de l’intégration de ces terres au royaume capétien. La sénéchaussée, dont les services sont abrités dans le château de la Carcassonne, administre les places fortes, étudie l’organisation matérielle des chantiers royaux, ainsi que leur suivi et contrôle. Dès le début du XIIIe siècle, le roi de France dispose d’un groupe d’architectes spécialisés, qui aident à développer et diffuser le modèle philippien. La construction, l’entretien et la réparation des bâtiments royaux sont assurés par deux officiers royaux : le magister carpentarius (maître charpentier) et le magister lathomus (maître maçon). Le maître charpentier gère en outre l’arsenal de la Cité. Au début du XIVe siècle, ils reçoivent tous deux un salaire quotidien de 2 puis 3 deniers.Selon M. Durliat (page 24 – numéro 7) il est dont administrateur, membre du corps des fonctionnaires de la sénéchaussée, mais aussi un homme de l’art ». Un clerc des oeuvres les seconde pour les tâches administratives, la comptabilité, les inventaires, l’achat de matériaux, les déplacements.

Du deuxième tiers du XIIIe siècle jusqu’au début du XIVe siècle, les maîtres maçons et charpentiers travaillent intensément, créant ainsi une succession de constructions homogènes en terme de conception et d’aspect, en appliquant et adaptant le modèle philippien.

La liste des travaux réalisés par les maîtres d’œuvre royaux sont conservés et connus pour l’année de juin 1320 à juin 1303. Gérard de Royaumont, parfois accompagné d’Adam de Comène visite et fait exécuter des travaux divers et variés sur des équipements publics (ponts, moulins, fours, salins) et sur des châteaux royaux : « des travaux de pierre au château de la Cité », également à Peyrepertuse.

Le maître de l’œuvre

Officier royal, le magister operum joue le rôle de bailleur de fond et peut passer des contrats avec l’administration royale. Il est assisté par deux massoni operias, qui font office de chefs de chantier, et commandent les ouvriers du chantier. 70% de la main d’œuvre est constitué de maçons et de de manœuvres, les 30% restants étant des charpentiers, muletiers, forgerons, charbonniers et chaufourniers. Les peirerius, tailleurs de pierre payés à la journée, sont différenciés dans les comptes des carriers.


La défense des bourgs et villages

Sénéchaussée

Les villages sont établis autant que possible sur des zones à relief facile à défendre, sur des collines dont l’enceinte peut épouser la forme. Les matériaux sont le grès, calcaire, galet de rivière, schiste et granit. Les tracés sont généralement de plan polygonal (Paziols), rarement flanqués de tours semi-circulaires. Les courtines étaient parfois percées d’archères ; aucune défense sommitale ne nous est parvenu conservée. L’entrée se fait  par une tour porte (Duilhac, Montalba, Villerouge Termenès) ou une simple porte défendue par une bretèche, plus rarement par un châtelet (Tuchan). La défense est souvent complétée par des fossés, un cours d’eau ou des marais.

Comtés

Les villages sont établis dans les zones les plus escarpées ; dans les plaines, les rivières et anciennes terrasses fluviales fournissent des galets, qui seront associés à la pierre de taille pour construire les parements. La brique est réservée pour l’encadrement des archères ou dans certains cas pour les merlons du crénelage. Les villages de plaine conservent des tours de flanquement quadrangulaire (Argelès) ou circulaires (Baixas, Elne). Les portes sont percées dans des tours quadrangulaires (Baixas), défendue par une bretèche ou sous forme de châtelet (Elne, Villefranche de Conflent). L’église peut occuper des positions variables, mais sert parfois de défense lorsqu’elle occupe le front de la fortification (Ille, Estagel), et le clocher sert alors de tour maîtresse ou de guette. Des enclos fortifiés peuvent exister à l’intérieur de l’agglomération (Baixas, Bouleternère), décrit comme cellere, ou parfois un château (Pia).

>Voir la liste des enceintes urbaines de Languedoc Roussillon

L’essentiel des grandes fortifications élevées en Languedoc concerne la défense de la nouvelle frontière, érigées entre la première moitié du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle. Parallèlement les comtés voient leurs fortifications se multiplier, sous forme de châteaux de montagne , sans homogénéité, mais analogues dans leurs structures à ceux du Languedoc. Seuls le palais des rois de Majorque et Collioure se présentent sous forme de résidences royales fortifiées et se singularisent, donnant naissance à de nombreux autres exemples plus tardifs sur les côtes méditerranéennes.

A la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle, l‘architecture militaire, au même titre que l’architecture religieuse qui se développent sous forme de clocher tour en Languedoc et et dans les comtés, privilégie les tours de plan quadrangulaire, de dimensions réduites, assez hautes (guette du château comtal de Carcassonne, Carcassonne ou Nouvelle), et parfois plus grandes et habitables (Cascastel, Fabrezan).

La fortification capétienne adopte le plan circulaire ou semi-circulaire pour les tours de flanquement, ouvertes à la gorge quand elles sont de faibles diamètre (Aguilar, Carcassonne, Peyrepertuse) ou plus élaborées quand elles sont autonomes (tour de la Vade, Carcassonne). Néanmoins le plan quadrangulaire persiste, comme la tour carrée de l’Evêque ou la porte Saint Nazaire à Carcassonne. Plusieurs tours portes (Puivert, Quillan, Roquefixade, Perpignan, Lagarde) adoptent le tracé quadrangulaire, auxquelles s’ajoutent des tours maîtresses symboliques comme à Arques, Puivert, Narbonne, Perpignan. Le plan quadrangulaire est adopté quand le terrain le permet, comme à Arques, Pillan, Pia, au palais des rois de Majorque ou à la forteresse de Salses pour des constructions ex-nihilo de plaine, élevée d’un jet. Le même plan peut s’adapter à la topographie comme à Lagarde ou à Puivert.

Si les constructions royales sont principalement destinées à la dimension défensive et ostentatoire, les objectifs des grands féodaux mettent en première place le caractère résidentiel, avec des pièces habitables et une grande salle, notamment pour les châteaux des évêques de Narbonne. M. Duriat écrit (page 39, N°21) : « il existe un contraste frappant entre la force et la beauté des fortifications élevées par les capétiens dans la seconde moitié du XIIIe siècle aux frontières du Roussillon, pour assurer la garde de Carcassonne et de la frontière des Corbières et les ouvrages relativement modestes conçus pour la défense des villes et des châteaux du royaume majorquin. Cependant l’effort déployé par le Roussillon et le Baléares en vue de leur protection n’en demeure pas moins considérable, eu égard aux moyens financiers de ces provinces« .


L’organisation de la défense entre Aragon et Majorque

La procuration royale de Majorque administre les forteresses royales ; la construction des forteresses est confiée un homme de l’art, le lapicide, maître d’œuvre de l’ensemble des châteaux.

Le réseau de défense du royaume de Majorque est complété par un système de tours, chargés d’un rôle de surveillance et d’alarme. Dès le XIe et XIIe siècle, les guardias, tours en pierre de plan quadrangulaire, sont implantées à travers tout le territoire, entre Corbières et Pyrénées. A l’époque du roi de Majorque, un nouveau réseau de tours circulaires est implanté, densifier dans les zones de fort relief. Ces tours possèdent une garnison constituée d’un châtelain et de sa famille et d’un chien de garde, équipée en munitions, armes et vivres. En cas d’incursion, une fumée le jour ou un feu la nuit permet d’alerter le portier du château des rois de Majorque, spécialement en charge du service de veille. En 1369, Pierre IV d’Aragon codifie expressément cette pratique : « un feu sera allumé par centaine d’hommes, deux feux pour deux centsLe château le plus voisin fera en réponse et ensuite tous les autres se le transmettront les uns aux autres jusqu’à la tour de Madeloch à laquelle répondent Peralade et autres lieux au-deça du col« . Dans les inventaires, il est fait mention des cages en fer, les faraonera, destinée aux signaux, ainsi que l’achat de paille ou chaume pour les feux [1].

Ces tours sont de dimensions et d’épaisseurs de murs variables. Le plus souvent, elles comportent une citerne en rez-de-chaussée, en partie excavée du sol ou ménagée dans le talus renforçant la base de la tour. Des tuyaux en terre cuite sont généralement visibles sur la paroi intérieure. L’espace intérieur compte encore un ou deux niveaux, voûtés en coupole, parfois recoupés par des planchers, donnant accès à une terrasse crénelée sur mâchicoulis sur arcs en brique. Le passage entre les étages se faisait par des échelles en bois, soit par des escaliers ménagés dans l’épaisseur des murs ou parfois par un escalier plaqué contre la paroi (Guardia de Madeloch à Argelès). La porte est situé en hauteur, au premier niveau, et les étages sont percés d’archères, de niches, parfois de cheminées. Ces tours pouvaient entre enchemisées dans des enceintes annulaires percées d’archères, sans flanquement (Mir, Tautavel) et ont parfois été, a posteriori, incluses dans des fortifications modernes (fort de la Guardia et de Saint Elme à Prats de Mollo et Collioure).


Particularités des fortifications du Languedoc Roussillon

L’aménagement des sites

Les sites de crêtes et d’éperons dictent les emplacements des sites fortifiés, qui permettent l’observation sur de grandes distances. Dans la majorité des cas, les sites sont occupés dès le XIe ou XIIe siècle, voire depuis l’Antiquité. Les maîtres d’œuvre doivent donc intégrer une partie de ces existants et tirer partie au mieux du relief existant. Les courtines suivent généralement les contours du site.

Quand la construction se fait ex nihilo, les plans géométriques inspirés de modèles philippiens dominent, souvent quadrangulaires flanqués de tours. A Carcassonne, l’ajout d’une fausse braie a nécessité des prouesses techniques, destinées à aplanir les lices.

Au sommet ds crêtes rocheuses, les failles rocheuses sont utilisées comme autant de chicanes pour freiner l’accès au château. Des aires, plateformes sont alors créer pour faciliter le travail des maçons mais aussi pour placer les différents espaces du château. A Sant Jordi, le maître d’œuvre a fait concevoir des banquettes de 1,30 mètres en moyenne de large, alors que le sommet du rocher servait de carrière, pour structurer la grande pente du flanc Nord. Les assises placées, les espaces de vide sont comblés par des déchets de taille et de tout venant. Les failles sont aménagées par des arcs, des caves, des citernes dont la couverture sert de sol pour les futurs bâtiments. Les pierres sont extraites sur place, et la mise en carrière permet d’accentuer la topographie défensive du site, en créant des fossés, comme sur le frond Sud de Termes, ou à Roquefixade et Tautavel (fossés inachevé). Dans les endroits sans pierre, l’appareil est constitué de galets extraits de rivières et de fleuves, noyés dans le mortier (Pia, Palais des rois de Majorque, enceinte d’Ille et de Millas) et de pierre de taille venant de carrières les plus proches ‘Baixa pour le palais des rois de Majorque). La terre cuite, sous forme d’éléments de construction appelé cayrou est employé dès la fin du XIIIe siècle avec une maçonnerie mixte de galets (palais des rois de Majorque) ou uniquement avec ce matériau (Castillet).


Murs et courtines

L’appareil est généralement de taille moyenne, d’une hauteur d’assise comprise entre 0,20 mètres et 0,40 mètres, pour des longueurs allant de 0,30 mètres à 0,70 mètres. Dans certains cas, l’appareil peut être de plus grandes tailles, notamment pour les angles les dalles de chemin de ronde, les linteaux ou marches d’escaliers. Ces dimensions sont courantes dans les forteresses royales du Languedoc.

Appareil lisse et bossage

Les hauteurs d’assise sont comparables pour les constructions à bossage, qui ne sont utilisées que de la fin du XIIIe siècle et du XIVe siècle. Le reste du temps, l’appareil est lisse soigneusement taillé pour les lignes de force de l’architecture.

Peyrepertuse, dont le gros œuvre ets terminé en 1250-1251, ne présente aucun bossage. A Carcassonne, Puivert, Narbonne, Puyalaurens, Termes, certaines tours sont entièrement en bossage, alors que d’autres n’en comportent que dans les niveaux supérieurs comme à Arques, ou répartis dans les élévations (tour Sud Est de Puylaurens) ou inférieur (première enceinte d’Aguilar). Aucun fortification des comtés n’adopte le bossage.

>Voir la liste des sites présentant un appareil à bossage

Arc de décharge

Le front Nord de Villefranche de Conflent conserve les vestiges d’arcs de décharge surbaissés, conservés au Nord Est sur une longue séquence, alors qu’à l’est ne subsistent que quelques piédroits.

>Voir la liste des sites ayant recours à des arcs de décharge

Les courtines, comme les tours, sont constituées d’un noyau de blocage tenu entre deux parements, montés en liaison dans un bain de mortier.  L’épaisseur des joints varient de deux centimètres (enceinte basse de Peyrepertuse) pour être inférieur généralement au centimètre, comme sur la courtine de Sant Jordi, où assises et roches se confondent. Lorsque les courtines sont en tout venant et en galet, une certaine minutie est apportée à remplir les espaces par des galets cassés, destinés à faire des économies de mortier.

Les courtines ont de 1,10 mètres à 1,20 mètres d’épaisseur, parfois percées d’archères ménagées au niveau du sol intérieur (Carcassonne, Peyrepertuse, Puylaurens, Quillan), dispositif que l’on ne rencontre pas avant le règne de Louis IX.

Les murs boucliers

Les exemples sont rares, mais observables à Montségur, destiné à résister aux tirs éventuels, comme lors du siège de 1244. Il est conservé sur une hauteur de 12 mètres, avec une épaisseur de 4 mètres environ. Le mur était couronné d’une plateforme sommitale, couronnée de hourds, rendu accessible par un escalier en équerre. De même, la seconde enceinte d’Aguilar est renforcée au Nord Est par une sur-épaisseur de courtine, élargie jusqu’à 2,80 mètres.

>Voir la liste des châteaux présentant un mur bouclier


Les tours maîtresses

Les tours maîtresses de type philippien sont utilisées dès l’époque du roi éponyme, entre 1180 et 1223. La tour maîtresse est en général à l’abri de l’enceinte, mais peut aussi servir de tour de flanquement. Au palais des rois de Majorque, la tour de l’Hommage est en fait la tour porte, comme également à Quillan.

>Voir la liste des sites à tours maîtresses mixtes, de type philippien

>Voir la liste des sites à tours beffrois

Au palais neuf de Narbonne, la Grande Tour de Gilles Aycelin domine le palais et la ville ; elle n’abrite qu’un niveau habitable alors que les autres étages sont dédiées à la défense et au stockage.

Dans la tour maîtresse de Puivert, du premier tiers du XIVe siècle, se trouvent la chapelle et une grande salle dépourvue de confort, en dehors de fenêtres à coussièges.

Dans d’autres cas, le « donjon », lieu réservé au seigneur, est constitué d’un ensemble de fortifications, d’un réduit, comme les donjons vieux et Sant Jordi à Peyrepertuse, ou les secondes enceintes de Puylaurens et de Roquefixade.


Les flanquements

Les plus anciens flanquements du Languedoc sont ceux de Carcassonne, qui datent du Bas Empire. Dans les enceintes médiévales, le flanquement répond à des critères techniques simples : l’espacement entre les tours correspond à la portée de armes de jet, leur plan est généralement circulaire pour faciliter les vues et résister aux tirs, les ouvertures de tirs sont en quinconce pour éviter d’affaiblir les maçonneries.

En plaine, les plans sont réguliers comme à Arques  et à Lagarde. Dans un relief complexe et irrégulier, les flanquements sont assurés par la courtine elle-même, comme à Roquefixade, dans l’enceinte médiane de Peyrepertuse, à Tautavel, ou dans l’angle Sud Est de la première enceinte de Puylaurens. à Queribus.

Tours flanquantes ouvertes à la gorge

Ces tours ont des diamètres plutôt réduits compris entre 3,40 mètres et 4,60 mètres ; elles peuvent compter plusieurs niveaux planchéiés soutenus par des corbeaux (Aguilar), par une corniche (Puylaurens, Peyrepertuse) ou par un retrait du mur (Puylaurens). Les archères sont distribuées par rapport à des niveaux défensifs. A la construction, ces tours ne semblent pas avoir été couvertes par une toiture, et les planchers de service n’étaient mis en place qu’en cas de besoin (Aguilar).

Les tours flanquantes sont généralement utilisées pour les premières enceintes, qui enserrent la basse cour, comme à Pouleta, Cautière, Cremade, d’Ourliac, au Grand Burlas, aux Grand et Petit Canissou. Deux tours ouvertes à la gorge mais donnant partiellement dans un bâtiment sont visibles à Peyrepertuse (tour Sant Jordi) ou sur la tour Nord Ouest de Villerouge Termenès, qui étaient probablement toutes les deux couvertes, dont l’ouverture était partiellement fermée d’un panneau en charpente, et contre lesquels s’appuyaient des bâtiments.

Dans les comtés, les tours ouvertes à la gorge sont peu usitées. On les voit dans l’enceinte basse d’Opoul, ou à Bellpuig. Ces tours sont aveugles et ne possèdent pas d’archères.

>Voir la liste des sites possédant des tours ouvertes à la gorge

Les tours flanquantes fermées à la gorge

Ces tours sont généralement voûtées sur croisées d’ogives (tour Ouest de Puylaurens, Régine et Quertinheux à Lastours, tours Ouest de Villerouge Termenès, tours de la seconde enceinte de Carcassonne), et plus rarement en coupole (tour citerne du logis de Peyrepertuse, tours du château comtal de Carcassonne) ou en cul de four (tour Est du logis de Peyrepertuse). Elles sont couvertes d’une terrasse ou d’une toiture.

Dans les enceintes urbaines, les tours flanquantes fermées à la gorge sont d’usage systématique, comme à Ille entre les années 1334 et 1356, à Millas, à Pia, à Rivesaltes, dans l’angle Nord du château d’Opoul, dans les châteaux d’Evol et de la Bastide d’Olette, avec des diamètres étroits permettant le couvrement en coupole.

Les terrasses sont rendues accessibles par des trappes desservant le niveau de défense.

Les tours flanquantes quadrangulaires

Ces tours existent en Languedoc et dans les Comtés. Lorsque la saillie est insuffisante, le flanquement est quasi inopérant, comme à Lagarde.  Au palais des rois de Majorque, elles ont été établies à posteriori, selon un plan en équerre aux angles.

>Voir la liste des sites à tours flanquantes quadrangulaires

Les tours à éperons

Les éperons sont des massifs de maçonnerie destiné à renforcer le côté de l’attaque. On les trouve sur l’à pic de Peyrepertuse, en angle aigu, adoptant la forme du rocher, qui est taillé à sa base.

Au château de Tautavel, il subsiste un fragment de l’éperon, au dessus d’un fossé inachevé.

>Voir la liste des tours flanquantes à éperon

Les échauguettes

Lorsque le terrain ne permet pas d’élever un flanquement, celui ci peut être encorbellé, sous forme d’une échauguette, à l’efficacité comparable à celle d’un flanquement de plein pied. L’échauguette peut s’élever sur un encorbellement plein ou à cheval sur deux contreforts. On en observe sur la première enceinte de l’angle Nord Ouest de Termes, sur le donjon d’Arques, l’angle Nord Ouest de l’enceinte basse de Peyrepertuse, sur l’église de Sainte Marie de Peyrepertuse,

La forme peut être circulaire ou polygonale, comme à Carcassonne.

>Voir la liste des sites présentant de échauguettes encorbellées


Les portes et leurs défenses

Dans les sites de montagne, le tracé du chemin d’accès est très élaboré, car il constitue un moyen de ralentir la progression. Le chemin peut se terminer par un escalier dans la roche, comme à Peyrepertuse ; il peut aussi être barré de plusieurs chicanes successives, qui s’élèvent graduellement dans une faille, comme à Puylaurens, à termes ou à Aguilar. Le parcours d’accès est alors battu par des flanquements. Le chemin peut être barré de portes intermédiaires percées d’archères comme à Termes, souvent munie d’un emmarchement ralentissant la progression.

>Voir la liste des sites protégés par une chicane

Dans les sites moins escarpés, un fossé défend généralement la porte (Carcassonne, Puivert, Quillan), qui peut être défendue également en amont une barbacane (Salses, château comtal, porte Narbonnaise).

>Voir la liste des sites protégés par une barbacane

Tours portes

Les enceintes sont généralement percées d’une tour porte, qui peut être une simple porte sur épaisseur du mur comme à Arques, ou une véritable tour quadrangulaire (Porte Saint Nazaire de Carcassonne, tour carrée de l’Evêque à Carcassonne, Palais des rois de Majorque, Puivert, Roquefixade, porte Sud de Villefranche de Conflent, Villerouge de Termenès). Dans quelques cas, la porte est non saillante, au nu du parement intérieur, comme à Quillan.

>Voir la liste ds sites à tours portes flanquantes

Châtelet d’entrée

Les portes encadrées par deux tours, systèmes défensifs romains développés par l’architecture philippienne, s’est développée en Languedoc. La porte du château comtal de Carcassonne doit dater du deuxième tiers du XIIIe siècle. Elle est défendue par un premier assommoir, lié à une première herse, un vantail protégé par une ouverture dans la voûte faisant office d’assommoir, puis une seconde herse, également protégée par un assommoir. Les tours sont à bec (en accolade) et à bossage. Le châtelet du Castillet de Perpignan est construit sur un système équivalent, mais plus simple de pont levis à flèches, avec une prote à vantail, suivi d’un couloir fermé d’une herse et d’un second vantail.

>Voir la liste des sites à châtelet d’entrée

A la fin du XVe siècle, le château de Salses présente une porte protégée par un pont-levis à chaînes, flanquée de deux tourelles, avec un balcon crénelé faisant office d’assommoir. Le couloir est en chicane, sans herse, fermé par une succession de portes.


Les archères

Sénéchaussée

Les archères sont logiquement distribuées sur les zones à défendre ; dans les tours elles sont disposées en quinconce, pour éviter d’affaiblir la maçonnerie. Elles sont particulièrement nombreuses sur les sites de plaine, plus rare sur les sites de montagne.

Trois types d’archères sont observables, en fonction de leurs formes extérieures :

les archères simples, fine fente rectangulaire, souvent en appareil tout-venant, comme dans l’enceinte basse de Peyrepertuse, ou le front Est de la second enceinte de Puylaurens.

>Voir la liste des sites à archères simple

les archères en étrier, dont la partie inférieure est en forme de triangle. On l’observe dans l’enceinte basse et le mur goutterot de l’église Saint Marie de Peyrepertuse, à Aguilar, sur la tour maîtresse d’Arques, à Carcassonne, ou à termes.

>Voir la liste des sites à archères en étrier

les archères en bêche ou en rame, dont la partie inférieure est de forme rectangulaire, plus large que la fente de l’archère, que l’on observe surla tour médiane de Sant Jordi à Peyrepertuse, sur les enceintes de Puylaurens à Aguilar, sur la tour maîtresse d’Arques ou à Termes.

>Voir la liste des sites à archères en rame

Comtés

Sur toute l’aire des Comtés, les embrasures sont en fentes simples, souvent assez larges et courtes.


Chemin de ronde

Sénéchaussée

En Languedoc, le chemin de ronde est élargi à 1,10 ou 1,20 mètres, à l’aide de dalles jointive en encorbellement, posées sur une série de corbeaux intérieurs. Les corbeaux, s’encastrant très profondément dans le courtine, ont un profil en quart de rond, comme cela est observable à Carcassonne, Puylaurens, sur l’enceinte de Termes.

Comtés

Dans les comtés, le chemin de ronde est construit sur des encorbellements successifs en galet ou en cayrou, mais aussi en s’appuyant sur une succession d’arcs en galet prenant appuie sur des consoles frustres, comme dans l’enceinte de l’Ille sur Tet, ou le front nord de l’enceinte de Rivesaltes.

>Voir la liste des sites à chemin de ronde sur arcs

Gaine

A Estagel, un couloir percé dans l’épaisseur de la courtine est pourvu d’archères et assurait une circulation rapide sous le chemin de ronde, particulièrement bien visible dans la partie Nord, où deux rangés de consoles soutiennent des dalles formant le sol du chemin de ronde, formant le toit de la gaine.

>Voir la liste des sites présentant des gaines de défense

Hourds et mâchicoulis

Jusqu’au milieu du XIVe siècle, l’usage des hourds est attesté en Languedoc Roussillon. Leur identification est rendu possible par l’existence de trous de boulins en haut des courtines ou des tours, espacés de 2 mètres environ ; on peut les observer notamment aux châteaux de Peyrepertuse, Puylaurens ou Termes. Le château comtal de Carcassonne en présente une reconstitution.

>Voir la liste des sites présentant des encastrements pour hourds

Succède à cette période le développement de mâchicoulis en maçonnerie, comme au château de Montmaur, ou à la tour du Viguier, établis sur des consoles à triples ressauts. La tour del Far à Tautavel, possède des mâchicoulis sur des consoles à doubles ressauts, qui supportaient des arcs en brique. Le Castillet de Perpignan et la porte Notre Dame présentent des exemples également très significatifs.

>Voir la liste des sites présentant des mâchicoulis sur consoles

>Voir la liste des sites présentant des mâchicoulis en arcs sur consoles


Crénelages

En Languedoc

Le parapet crénelé présente des créneaux toujours plus étroits que les merlons. L’épaisseur des merlons, en moyenne 0,50 mètres, les rend très fragiles ; ils ne sont que rarement conservés, souvent pris dans des réhaussements postérieurs, comme à Lagarde ou Villerouge Termenès. On peut également les observer à Narbonne, Peyrepertuse entre le chevet de l’église Sainte Marie et le logis du gouverneur, ou à l’état de vestiges à Puivert. Sur d’anciens clichés de Carcassonne, prises vers 1863 avant restauration, des créneaux sont également visibles sur les tours du Moulin et de la Vade. Le château de Puylaurens présentent un crénelage refait à l’identique au XVIe siècle, après le tremblement de terre de 1428.

Dans le cas de Peyrepertuse, les merlons sont percés d’archères.

>Voir la liste des sites à merlons percés d’archères

Dans les comtés

Les vestiges de crénelages sont visibles dans les sites castraux et aux sommets de clochers d’église fortifiées.

La forme la plus répandue est celle du merlon rectangulaire, comme dans le cas du clocher de Baixas, dont le crénelage rectangulaire est attesté depuis 1447. Dans certains cas, les merlons sont percés d’archères, comme à la tour de Cerdane, tour de Carol ou aux châteaux d’Ille sur Tet et de Rivesaltes.

Il existe également une forme rectangulaire couverte par une maçonnerie à double pente, comme au Castillet et dans la partie Sud de la tour de l’Hommage de Salses.

Le troisième type est le merlon carré en pierre ou en brique, surmonté d’un pyramidion. Le merlon est généralement plus étroit que le crénelage, le rendant inapte à la défense. On l’observe à la Bastide d’Olette et sur le palais des rois de Majorque. Il est surtout représenté sur les clochers de Millas, Saint Féliu d’Avll, Villefranche de Conflent et Ille sur Tet, où il assure principalement un rôle décoratif et symbolique. Ils sont parfois complétés de fausses tourelles d’angles, présentant d’éventuels mâchicoulis inopérents.

>Voir les sites présentant des merlons pyramidaux


Les éléments de confort

Les latrines

A Puylaurens, sur le front Nord de la seconde enceinte, trois conduits débouchent sur des arcs brisés, possédant un talus soigneusement appareillé à leur base et permettant de faire ricocher des projectiles lancés depuis le haut des conduits. Ils ont une fonction mixte de latrines et d’assommoir, par démontage de la plaque percée dont les rainures d’encastrements sont encore visibles.

Sur la première enceinte de Termes, un appentis de plan quadrangulaire abrite quatre conduits verticaux et deux en biais, qui débouchent au bas de la muraille par deux arcs surbaissés brisés.

>Voir la liste des sites présentant des latrines

 

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CON

Les comtés, entre Aragon et France

La Catalogne, ou « Marche d’Espagne », est constituée d’un ensemble de dix comtés carolingiens, devenus héréditaires depuis la fin du IXe siècle, qui ne constituent une entité administrative homogène qu’à compter du XIIe siècle. Ces territoires affichent des volontés expansionnistes évidentes, vers le Sud andalou, ou vers les Nords provençal et languedocien. En 878, le comte d’Urgel et de Cerdagne, Guifred le Velu, reçoit les comtés de Barcelone et de Gerone du roi Louis le Bègue. Parallèlement, son frère le comte de Miro est investi du Roussillon, scindant ainsi l’espace en deux entités structurantes et concurrentes.

Face à ce qu’ils considèrent comme l’usurpation des Capétiens de 987, les comtes de Barcelone s’attachent à réunir sous leur domination, au cours des deux siècles qui suivent la quasi totalité des comtés, qui avaient été peu à peu fragmentés.


Fragmentation et réunification des comtés

Comté de Barcelone

Les descendants de Guilfred le Velu conservent tant bien que mal l’unité de leur héritage, constitué des comtés de Barcelone, de Gérone et de Vic. En 947, ils y ajoutent le comté d’Urgel. En 985, le comte Borell réclame vainement l’aide du roi carolingien de Francie contre les Sarrasins, qu’il ne pourra empêcher d’assiéger et saccager Barcelone. Révoltés, les comtes refusent de prêter hommage à Hugues Capet en 987, qu’ils taxent alors d’usurpateur et contestent ainsi la suzeraineté de la France sur leurs terres. En 1112, l’habile alliance du comte de Barcelone Raymond Bérenger III avec l’une des filles du comte de Provence lui apporte toute la partie maritime de ce comté.

Comté de Conflent Cerdagne

Le Conflent comprend la vallée de la Têt, autour de Prades et le Canigou, alors que la Cerdagne s’étend de la haute vallée du Sègre jusqu’au Languedoc, en passant par le Capçir. Vers 877, les comtes de Carcassonne et de Conflent s’opposent dans un conflit qui amène au partage du comté de Razès. Le Capçir est alors rattaché au Conflent. Vers 879, le comte Guifred Ier, dit le Velu, possède la Cerdagne. Par son action, son fils Miro hérite dix ans plus tard l’ensemble des comtés de Cerdagne, Besalu, et Conflent avec le Capçir. Son fils, Oliba,y ajoute le Fenollède, mais doit partager ses possessions entre ses deux fils ; Guifred II reçoit la Cerdagne, le Conflent avec le Capçir et le Donnezan, alors son frère Bernard Taillefer reçoit le Besalu et le Vallespir. En 981, Guifred II se lance dans une guerre vaine destinée à récupérer la partie du Razès qui lui avait été prise sur le Donnezan et donnée au comte de Carcassonne. En 1088, son petit fils Guillem fonde la ville de Villefranche de Conflent, qui devient capitale de la principauté par une carta de poblacio royale daté de 1095, à la place de Corneilla. En 1111, le comte Bernard Guillem de Cerdagne, Berga et Conflent, meurt sans héritier ; ses biens passent alors à son parent le plus proche, Raymond Bérenger III, comte de Barcelone.

Comté de Valespir Besalu

Le Vallespir, province aragonaise, s’étend de la vallée du Tech à Céret. Vers 968, Bernard de Taillefer devient comte de Besalu et Vallespir, par héritage. Au début du XIe siècle, les descendants de Taillefer se partagent les alleux divisés en seigneuries, donnant naissance aux lignées des Corsavi, Serralongue, et Mondoyn, sous la suzeraineté de la famille aînée qui porte le titre de vicomte de Castelnou. En 1111, les deux comtés passent au comte de Barcelone Raymond Bérenger III.

Royaume d’Aragon

Raymond Bérenger IV, fils de Raymond Bérenger III, rassemble en ses mains les comtés de Barcelone, de Gerone, de Vic, de Conflent avec le Capçir et le Donnezan, de Cerdagne et Berga, d’Urgel, de Narbonne et de Provence ; il hérite également du comté de Tarragona. Il épouse Pétronille, fille héritière du roi d’Aragon. En 1161, son fils, Pierre, devient roi d’Aragon sous le nom d’Alphonse II. En 1172, il obtient le legs du Roussillon par le comte, mort sans héritier.


Chocs des Royaume d’Aragon et Royaume de France

Les comtés ont toujours manifesté une forte volonté expansionniste. En concurrence dès les origines avec les comtes de Toulouse pour la domination du Languedoc et de la Provence, les comtes de Barcelone gagnent peu à peu du terrain, allant jusqu’à réduire à la vassalité les Saint Gille de Toulouse, vers 1208. Entre 1112 et 1125, les comtes prennent les régions rhodaniennes provençales, puis vers 1170 les terres plus orientales ; à compter de la moitié du XIIe siècle, ils ont déjà étendu leur domination sur Millau, le Quercy, le Gévaudan, puis en 1205 sur Montpellier. Arrivé au pinacle, les comtes devenus rois soumettent à la vassalité les comtes de Toulouse, qui reconnaissent leur suzeraineté sur le Languedoc. Cette incroyable expansion est brutalement stoppée par les armées menées par Simon de Montfort : en 1213, le roi Pierre d’Aragon est tué sur le champ de bataille de Muret par les armées du Nord.


La Croisade des Albigeois

La création de la sénéchaussée de Carcassonne est liée à la lutte contre le développement et la diffusion de l’hérésie albigeoise. Convaincu par le pape Honrius III, le roi Louis VIII mène une action conjointe pour imposer sa suzeraineté sur les zones méridionales. En 1226, le roi soumet Béziers, Pamiers et Carcassonne. Il concède la même année la vicomté de Fenouillèdes Pérapertusès, confisqué au vicomte hérétique Pierre de Fenouillet, au neveu de Pierre d’Aragon, Nunyo Sanche, qui lui fait hommage. Ce dernier entre également en possession des comtés de Cerdagne et de Roussillon. En 1229, les traités de Meaux-Paris et de Melun signés par Raymond VIII de Toulouse et Raymond Trencavel, entraîne le rattachement du Languedoc au domaine royal ; Raymond VIII en conserve l’usufruit et sa fille est mariée au frère du roi, Alphonse de Poitiers. Raymond Trencavel conserve Béziers mais cède Carcassonne qui devient siège de la sénéchaussée, qui compte également comme places majeures Minerve, Lastours et Termes.

Durant la croisade des Albigeois, le royaume d’Aragon se met plutôt en retrait ; face à l’opposition invasive de la sénéchaussée de Carcassonne, les Aragon préfèrent pousser leurs conquêtes vers le Sud. Vers 1230, Jacques Ier d’Aragon s’empare des Baléares, puis huit ans plus tard, prend le royaume de Valence. A partir de 1229, la vicomte de Fenouillèdes Pérapertusès jouit d’une certaine tranquillité, en raison notamment de l’absence des nobles faydits dépossédés qui accompagnent Nunyo Sanche, sous les ordres du roi Jacques Ier d’Aragon, aux conquêtes de Majorque et du royaume de Valence, jusqu’en 1238.

Au milieu du XIIIe siècle, les tensions avec le royaume de France atteignent leur paroxysme lorsque tour à tour, Louis IX impose son frère Charles d’Anjou comme héritier du comte catalan régent de Provence, en 1246, puis son frère Alphonse de Poitiers comme gendre héritier du comte de Toulouse. Les incidents, escarmouches et affrontements se multiplient avec les sénéchaussées de Beaucaire et Carcassonne, amplifiés par un émiettement et une perte d’unité des territoires.

Cependant, le roi d’Aragon n’abandonne pas pour autant ses droits de suzeraineté sur Carcassonne, Toulouse et les autres places, ce qui provoque des tensions importantes entre roi d’Aragon et roi de France. En 1239, Nunyo Sanche vend le château de Peyrepertuse à Louis IX pour la somme de 20 000 sous melgoriens. Au cours de l’été 1240, Raymond Trencavel mène la révolte des barons méridionaux, et assiège Carcassonne en septembre. Jean de Beaumont chasse le siège en octobre et fait capituler Peyrepertuse, qui maintenait son indépendance malgré la vente en novembre. En 1241, Olivier de Termes capitule, et le roi place pour une dizaine d’année une garnison à Aguilar. La participation d’Olivier de Termes à la croisade en terre saine de 1248 scelle la réconciliation avec le roi de France, qui lui restitue ses biens en 1250. Parallèlement des travaux de renforcement sont exécutés à Peyrepertuse.

Le Sud du Fenouillèdes reste cependant hors contrôle capétien, et Quéribus se dresse face aux châteaux royaux ; bien que la vicomté appartiennent toujours aux Aragon, le château de Puylaurens et le site de Saint Paul semblent, eux, par contre, déjà dépendre de Saint Louis. Olivier de Termes capture Chabert de Barbaira, qui capitule et livre le château de Queribus aux Français.

Le roi de France, qui possède alors toutes les Corbières, signe un compromis pour régler les différends de frontière avec le roi d’Aragon, et commande alors la réduction des garnisons de Termes, de Queribus, la suppression de celle de Minerve, et l’évacuation de Puylaurens.

En 1258, alors que le roi d’Aragon a perdu toute forme de suzeraineté et de promesse de retour ou d’annexion sur les comtés de Provence et de Toulouse, il est obligé de renoncer à toutes les terres ne constituant pas les « Marches d’Espagne » par le traité de Corbeil, qui lui est imposé cette même année. Le roi d’Aragon ne parvient à sauver que Montpellier, qui faisait partie de la dot de sa mère. En contrepartie, le roi de France lui cède alors tous ses droits sur les comtés de Barcelone, Urgel, Besalù, Roussillon, Empurians, Conflent, Cerdagne, Osone et Gérone, contre les droits sur le Carcassès, le Razès, le Lauraguaus, le Termenès, la vicomté de Béziers, le Minervois, le Pays d’Agde, l’Albigeois, le Rouergue, le Quercy, Narbonne, Puylaurens, Castelfizel, Millau, le Pays de Sault, le Gévaudan, le pays de Grèzes et de Nîmes, le comté de Toulouse et de Saint Gilles, et de toutes les terres et domaines ayant appartenu aux comtes de Toulouse.

Une campagne de fortification est alors lancée par le roi de France pour protéger au mieux les nouvelles frontières du royaume de France, appelées les « cinq fils de Carcassonne » : Peyrepertuse, Puylaurens, Quéribus, Termes et Aguilar, acheté à Olivier de Termes en 1261.


Le royaume de Majorque

Le royaume de Majorque s’étend du comté de Foix à Montpellier, et place sa capitale à Perpignan. Il sera la réponse aux besoins des comtes de Barcelone de maintenir un pouvoir militaire et administratif à Perpignan dans ce qui est alors considéré comme « une marche », frontière hostile avec le royaume de France. Le Roussillon, montagneux et plutôt pauvre, est difficile à défendre et économiquement peu développer ; il devient un pays d’apanage, placé d’abord sous le contrôle de Sanche, oncle du roi Jacques Ier, fonction qu’il transmettra à son fils Nunyo Sanche. Ce dernier, soumis à une pression incroyable du royaume de France, est obligé de lui abandonner ses droits sur le Fenollède et le Perapertusès.

En 1276, Jacques Ier le Conquérant, roi d’Aragon, partage ses terres entre ses deux héritiers, créant ainsi deux royaumes. Le royaume d’Aragon revient à son fils aîné Pierre II, alors que les comtés de Roussillon, de Cerdagne, Montpellier, Aumelas et le comté de Carlat, Majorque et Ibiza reviennent à son fils cadet Jacques II, pour qui est créé le royaume de Majorque, immiscé entre le royaume de France et le royaume d’Aragon.

Jacques II, qui perd sa souveraineté, est obligé de rendre hommage à son frère le roi d’Aragon. Pour y échapper, il cherche l’appui du roi de France Philippe le Hardi, qui devient protecteur de cet éphémère royaume, qui n’existera que jusqu’en 1344.

En 1268, Charles d’Anjou, à la tête des troupes royales de son frère Louis IX, s’empare des royaumes de Naples et de Sicile, spoliant ainsi Pierre III d’Aragon qui avait épousé Constance, fille et héritière du roi Manfred de Hohenstaufen. A partir de 1272, le roi d’Aragon tente plusieurs actions diffuses, avant de provoquer les « vêpres siciliennes », journées de massacre des Français installés en Sicile. Les Anjou sont obligés de fuir, et les Aragon reprennent le pouvoir de l’ile.

A partir de 1282, les Anjou lancent plusieurs offensives depuis Naples, alors que le roi de France ouvre un front offensif en Languedoc. La croisade d’Aragon, menée par les Français et le royaume de Majorque contre les Aragonais, mène à un échec : le roi de Majorque n’échappe que de justesse au roi d’Aragon Alphonse III, au cours du siège de Perpignan ; les troupes françaises prennent péniblement Gérone avant de devoir battre en retraite, subissent la perte de leur ravitaillement par mer après l’attaque de la flotte aragonaise, sont décimées par les épidémies et un affrontement violent au col de Panissars. En 1300, Alphonse III reprend Palma de Majorque. En 1302, l’Infant Sanche de Majorque est obligé de prêter hommage au nom de son Père Jacques Ier de Majorque pour faire cesser le conflit. Alphonse III d’Aragon en profite alors pour confisquer les Baléares.

De 1311 à 1324, Sanche de Majorque règne sous la contrainte des rois d’Aragon. Il est obligé de fournir aux Aragon 40 000 livres, 25 galères, et l’entretien pendant quatre mois de 200 chevaux pour soutenir la conquête de la Sardaigne. Le nouveau roi tente comme il peut d’assurer des fidélités en inféodant des châteaux du domaine royal, en créant des vicomtés, et complète son dispositif par l’érection de tours à ses frontières. Son neveu Jacques II lui succède en 1324, alors qu’il n’a que 8 ans, sous la régence de son oncle Philippe, chanoine à Saint Martin de Tours ; il est alors conditionné à la cour de France, et ne peut que se conformer à la décision d’intervention préventive du roi de France, décidé à préserver ses intérêts, provoquant de fortes tensions avec Pierre IV le Cruel, roi d’Aragon. Mais sont fils Alphonse IV renonce au conflit avec les Français et concentre ses efforts sur la conquête du royaume de Grenade.


La guerre de Cent Ans

Dans le royaume de France, la guerre de Cent Ans débute en 1337. Face à l’insécurité grandissante, le roi de Majorque autorise les habitants à se fortifier. En 1344, il vend au roi de France la seigneurie de Montpellier pour 120 mille écus, spoliant les droits héréditaires des comtes de Barcelone. En représailles, le roi Pierre IV le Cérémonieux, fils d’Alphonse IV, prend la ville de Perpignan la même année. En 1346, Jacques II mène une incursion dans le Capçir, mais se replie rapidement. En 1349, il est tué dans la plaine de Palma de Majorque dans un combat inégal opposant ses 3500 hommes à 800 cavaliers et 20 000 hommes de pieds aragonais. Pierre IV annexe alors le Roussillon et les comtés satellites.

Le royaume aragonais est alors également exposé aux bandes de routiers et aux tentatives de soulèvements des prétendants à la succession du royaume de Majorque. A compter de 1344, le roi d’Aragon développe un réseau de tours à signaux, destiné à prévenir un coup de mains des Français. A partir de 1349, Pierre IV fait inventorier les armes et équipements de ses citadelles et fait augmenter leurs fortifications pour se prémunir du passage des Grandes Compagnies.

Bien que la sénéchaussée de Carcassonne soit en retrait du conflit avec les Anglais, elle reçoit l’ordre de se fortifier en 1347. Les travaux ralentissent après le passage de la Peste Noire en Languedoc et la trêve conclue entre Français et Anglais.

En 1352, une incursion anglaise en Languedoc ravive la guerre. En 1355, le roi de France commande la refortification des places et châteaux de la Sénéchaussée. La chevauchée du Prince Noir sème le trouble : les places tombent tour à tour et sont pillées et brûlées, à l’exception des places royales.

En 1358, l’Aragon entre en guerre avec la Castille. En 1359, la sénéchaussée est attaquée par le comte de Foix, Gaston Phoebus, qui revendique vainement la lieutenance du roi en Languedoc. Le traité de Brétigny, signé en 1360, réduit le Languedoc aux sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne et Beaucaire, nouvelles régions frontières, théâtres des pillages incessants des Routiers, qui entraînent la fortification de tous les centres urbains et des villages.

En 1364, les Grandes Compagnies sont aux portes de Conflent. Du Guesclin et 30 000 Routiers traversent le Roussillon, avec l’autorisation du roi, pour se rendre en Castille aider le comte de Trastamera. Pierre IV fait réparer l’enceinte urbaine de Perpignan et fait construire le Castillet en 1365. En 1367, la porte Notre Dame est murée à l’approche des Grandes Compagnies et des dispositions sont prises face à l’avancée des Armagnacs en 1389.

En 1372, le comte d’Ampurias, gendre du roi d’Aragon, entame une guerre d’usure contre les Aragon. En 1373, l’Infant Jacques III de Majorque tente une vaine reconquête des comtés. En 1381, les Aragon sont obligés de se battre en Sicile, Sardaigne et Corse, pour maintenir leur domination.

En 1385, le roi d’Aragon est à nouveau en guerre avec le comte d’Ampurias, qui reçoit l’aide du roi de France ; ce dernier lui envoie 6 000 hommes pour lui porter secours à Montpellier. Le roi d’Aragon met alors son territoire en alerte, sous la surveillance de ses tours à signaux.

En 1392, les troupes du comte d’Armagnac pillent les Marches occidentales du Roussillon. En 1393, Charles VI ordonne la fortification et l’équipement en vivres, armes et munitions, de l’ensemble des places fortes de la sénéchaussée. En 1396, le comte de Foix et gendre de Jean II d’Aragon, tente de prendre la succession de la Catalogne et de l’Aragon, et envahit le Conflent et la Cerdagne. Il est battu, ses biens de Cerdagne et de Roussillon confisqués, ainsi que la suzeraineté sur le vicomté d’Evol. Martin, frère de Jean II, lui succède et règne jusqu’en 1410.

En 1403, la guerre reprend de plus belle entre Français et Anglais, suivi de la défaite d’Azincourt en 1415 et de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. De 1430 à 1440, les sénéchaussées subissent à nouveau le passage des Grandes Compagnies, et en 1433 les places fortes aragonaises sont visitées, réarmées, et réapprovisionnées par crainte des avancées du routier Rodrigo de Bilandrau, qui dévaste le Toulousain à la tête de 5 000 hommes. Il est dit « qu’en cas d’invasion des gens d’armes, les châteaux de la frontière doivent s’en donner avis de jour au moyen d’une fumée près de laquelle ils étendent un grand tissu blanc ; si il y a plus de cinq cents chevaux, ils feront trois colonnes de fumée » [3].

En 1462, Louis XI prête 300 000 écus d’or à Jean II d’Aragon, qui se bat contre les Catalans, en échange de la perception des revenus des comtés et le droit de disposer de garnisons dans les principales places fortes, jusqu’à remboursement de la dette. En 1463, l’armée française fait capituler Perpignan, et les comtés sont organisés sur le modèle des sénéchaussées. Le rapprochement des Castillans et des Aragonais par le mariage de Ferdinand d’Aragon, fils de Jean II, avec Isabelle de Castille devient le prétexte d’une invasion des comtés, qui avaient déjà tenté de se soulever contre les Français. En 1473, Jean II rentre dans Perpignan, qui l’accueille portes ouvertes. Les Français n’arrivent à conserver que le Castillet et le palais des rois de Majorque dans lequel ils sont retranchés. L’armée française, malgré la résistance locale, reprend le dessus, et remet le siège devant Perpignan. En 1473, le traité de 1462 est renouvelé dans ses termes, et l’année suivante, Jean II rend la ville de Perpignan. Les Français reprennent les fortifications, construisent la porte Notre Dame et isole le Castillet comme une défense autonome ; un bastion est ajouté du côté de la rivière, et une nouvelle enceinte est construite au Sud Est du palais des rois de Majorque, dont l’aile Nord, partiellement démolie, est rebâtie. Louis XI ne respecte finalement pas le traité, et reprend la Cerdagne. En 1493, les comtés sont restitués afin de s’assurer de la neutralité de Ferdinand d’Aragon pendant l’expédition de Charles VIII en Italie, après une occupation française de 32 ans.

L’ultime guerre de conquête à lieu de 1640 à 1642, et débouchera sur un traité favorable à la France, dit Traité des Pyrénées, signé en 1659.

 

 

Aire géographique : Ariège (09), Aude (11), Hérault (34), Pyrénées Orientales (66) – Languedoc (FR)

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